L’infection par le virus Epstein-Barr (EBV) est un prérequis indispensable à la démyélinisation auto-immune du système nerveux central caractéristique de la sclérose en plaques (SEP). Pour autant, les mécanismes physiopathologiques qui relient l’infection à la maladie immune neurodégénérative sont encore mal compris, par exemple pourquoi seulement un faible pourcentage des personnes infectées par l’EBV développe une sclérose en plaques (SEP). Selon les chercheurs de Stanford et de l’Institut Karolinska à Stockholm, tout dépendrait de l’existence ou non d’une réaction immunitaire croisée entre des protéines virales et certaines protéines caractéristiques du système nerveux central.
Lors de travaux précédents, cette même collaboration de chercheurs avait décrit les similarités entre un facteur de transcription du virus Epstein-Barr, l’EBV nuclear antigen 1 (EBNA1), et trois protéines exprimées dans le système nerveux central humain : l’anoctamine-2 (ANO2), l’alpha-B crystalline (CRYAB), et GlialCAM. Cette dernière, une molécule d’adhésion principalement exprimée dans les cellules gliales, a tout particulièrement attiré l’attention des scientifiques.
Confirmation d’une réaction croisée
Poussant plus loin leurs travaux dans cette étude publiée dans les Pnas, les chercheurs ont étudié les réponses anticorps dirigées contre EBNA1, GlialCAM, CRYAB et ANO2 dans une cohorte composée de 650 patients atteints de SEP et de 661 contrôles sains. Le blocage de l’une ou l’autre de ces réponses inhibait les réponses dirigées contre les quatre antigènes. Cette première expérience prouve définitivement, selon eux, l’existence d’une réaction croisée entre ces différentes cibles.
Les scientifiques notent que les réponses IgG élevées dirigés contre EBNA1 et les trois antigènes qui lui sont proches sont toutes associées à un risque accru de SEP. Toutefois, le risque était le plus important pour la présence d’une réaction croisée contre EBNA1 et GliaCAM, avec un surrisque de SEP de 81 %.
En outre, l’équipe a constaté des réponses accrues chez les patients porteurs de l’allèle de risque HLA-DRB (allèle d’un gène qui façonne la réponse adaptative). Les patients qui cumulaient une réponse anticorps élevée contre EBNA1 et GlialCAM et la présence de HLA-DRB étaient les patients le plus à risque. S’il y a un élargissement de l’épitope de GliaCAM ciblé par la réponse immunitaire, alors le risque est multiplié par 2,63.
Enfin, s’il existe une réaction anticorps dirigée contre plusieurs sites de EBNA1, cela est également associé à une augmentation du risque de SEP, significative, mais plus modeste.
Ces données « soutiennent l’idée qu’il existe une relation étroite entre les réponses des lymphocytes B dirigés contre EBNA1 et GlialCAM, écrivent les auteurs. Nous formulons l’hypothèse que l’élargissement de l’épitope ciblé par la réponse immunitaire (favorisé par l’allèle HLA-DRB) et la réponse immunitaire dirigée contre GlialCAM sont à l’origine de la sclérose en plaques. » Les chercheurs espèrent que la compréhension de ces mécanismes pourrait, à terme, permettre de mettre au point des méthodes de dépistage des personnes à risque et de développer des méthodes de prévention.
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