De-ci de-là, flacons, yeux de verre, prothèses, crânes et instruments chirurgicaux en tout genre… Une succession d’étagères de bois remplies de vieux livres médicaux et scientifiques. Hors du temps, niché dans une ruelle du 6e arrondissement de Paris, ce petit cabinet de curiosité recèle une foultitude de trésors que le Dr Marc Lévêque affectionne. Tout particulièrement, cette édition de 1575 d’Ambroise Paré, que le praticien vient de s’offrir. Pas peu fier de cette acquisition, même « s’il a fallu casser, un peu, la tirelire ! ». Grand gaillard tout en noir, sobre et chic, le neurochirurgien a été chef de clinique et praticien hospitalier à la Timone et à la Pitié Salpêtrière avant de renoncer à son poste de radiochirurgien et quitter en 2016, la fonction publique. Spécialiste de la douleur et expert santé à l’Institut Sapiens, passé par la psychiatrie, formé en France, au Canada et en Belgique, il exerce désormais en libéral, à Marseille et à Aix,
Une impression de calme… Calme olympien mais brin de timidité. Attention, très vite balayée ! Comme la mèche rebelle qu’il remet en place. Empathique aussi, car « la douleur ne se prouve pas, elle s’éprouve » insiste à plusieurs reprises, celui qui la combat. Son sujet le talonne, et on ose : la douleur l'emballe. Sans aucun mal, Marc Lévêque nous entraîne. Un tourbillon ! On est tout ouïe…
Si l’histoire de la douleur au passé, enthousiasme l'amateur de littérature — il vient de terminer "Les mains du miracle" de Joseph Kessel —, sa prise en charge, au présent, alerte carrément le neurochirurgien. On ne parle pas de la douleur aiguë, nociceptive, mais bien de la douleur chronique. Celle qui, installée sur le long terme, s'est transformée en maladie. Et cette douleur-là, touche près de 14 millions de Français. « Soit une personne sur cinq. ». Premier motif de consultation, elle affecte majoritairement les femmes. Et, sans lapalissade… la douleur est un mal qui a encore de beaux jours. Car, « après l'âge de 70 ans, elle concerne une personne sur deux » insiste le spécialiste.
De la psychiatrie à la neurochirurgie
Fils aîné d'un ambassadeur successivement à Madagascar, en Mauritanie et à Djibouti, le praticien a conservé le goût des voyages et des autres. Une appétence que son ami neurogériatre Christophe Hein souligne : « Marc est prêt, avec tact et toupet, à lier des contacts ; C'est vraiment en lien avec sa curiosité des autres », ... Cette enfance, quelque peu ballottée au gré des nominations paternelles, dans les années post-coloniales, est une enfance choyée. « Je me suis retrouvé dans des petites communautés d’expatriés avec la conscience d’être privilégié, né sous une bonne étoile, plus souvent à la pêche qu’en classe… »
Mais, en pleine adolescence, c'est le retour à Paris. Et l’effondrement. À 16 ans, il sort d’une sévère dépression grâce à une psychiatre « exceptionnelle » qui a infléchi, sa trajectoire de vie. « Et pourquoi ne ferais-tu pas médecine ? Tu en es capable ». « Elle m’a fait confiance et a cru en moi », rapporte encore avec émotion ce dernier. Pour relever le défi et échapper au « syndrome de l’imposteur », Marc Lévêque travaille d’arrache-pied. Un internat en psychiatrie à Bordeaux et un service militaire de deux ans en tant que médecin de l’Ambassade de France à Pékin. « Très vite j'ai apprécié son humanisme profond, son engagement professionnel et sa pratique moderne...» analyse Emmanuel Ly-Batallan alors jeune diplomate à Pékin.
Mais de la psychiatrie — que Marc Lévêque reconnaît volontiers avoir fantasmée — il bifurque vers la neurochirurgie en passant par la case Belgique. Féru d'informatique depuis les années lycée, le neurochirurgien a conçu pour sa patientèle, un logiciel qui permet de gagner en temps médical. On note qu'il donne son numéro de portable à ses patients. « Ça les rassure, il n'y a pas d'abus et je ne passe pas à côté… Pour vous dire combien ça me fait vivre… » confie-t-il. Empathique, mais passionné…
Sa propre chaîne YouTube
Un enthousiasme qu'il entend partager avec le plus grand nombre. Grand communicant et pédagogue, le Dr Marc Lévêque met ces qualités au service de sa spécialité. S'il participe au laboratoire d'idées de l'Institut Sapiens, il alimente sa propre chaîne YouTube pour le grand public. « C'est un passeur. Très technique et professionnel, Marc est aussi un humaniste cultivé avec une belle aura… » confie le Dr Wilfrid Casseron, neurologue qui partage avec lui un cabinet à Aix. Ce dernier, très actif dans la préparation de diplômes universitaires et interuniversitaires dédiés aux médecins est aussi auteur de plusieurs ouvrages. Et d'ailleurs, le neurochirurgien confie devoir, son goût pour l'écriture, à Michel Bojanowk, un autre neurochirurgien, qui l’avait accueilli lors d'un stage externe à Montréal.
Son dernier livre « Libérons-nous de la douleur », déplore une pathologie imparfaitement prise en charge. « Seuls 3 %, des patients douloureux sont suivis – après 3 à 9 mois d’attente- dans l'un des 300 centres antidouleur totalement saturés que compte le territoire ». Un hiatus, s’il en est. D’autant que « 70 % des douloureux chroniques se disent insuffisamment soulagés. Soit parce que le traitement est inefficace soit en raison des effets indésirables… » pointe encore le Dr Marc Lévêque.
Car la chronicité de la douleur la rend complexe. Biologique, elle a aussi, des racines sociales et psychologiques. « Or, on a médicalisé le mal-être avec les opioïdes. » déplore le spécialiste. Et d'observer : « Plus on a des revenus faibles, plus on est exposé à la douleur… ». Un vrai sujet de société qu’il synthétise par la règle des quatre S : « sédentarité, solitude, surpoids et sénescence ».
Et de ce constat, le neurochirurgien a bâti avec d'autres, une philosophie. «On a dans notre cabinet, une vision transversale et une prise en charge vraiment pluridisciplinaire. C'est important !» rapporte son confrère aixois. Afin de désengorger les centres anti douleur, le Dr Lévêque plaide pour le développement de l’algologie en médecine de ville. Et fait valoir les traitements focaux, patchs de capsaïcine - un puissant piment - ou des micro-injections de toxine botulique. Dans les solutions avancées, il prône l'élargissement de la neuromodulation et de la stimulation transcrânienne, capables de brouiller électriquement les messages douloureux. Des techniques qui soulagent significativement. Mais restent à ses yeux trop peu connues des médecins.
Un appel d'autant plus audible que « Marc n'a pas le scalpel scotché au cerveau, il est parcimonieux dans les actes chirurgicaux » témoigne encore le Dr Casseron. Ceci expliquant cela, rien d'étonnant à ce que le neurochirurgien préconise des alternatives aux antalgiques. Telles l'activité physique adaptée, la thérapie cognitivo- comportementale, l’hypnose, la méditation en pleine conscience ou encore, la musicothérapie… C'est peut-être ce parcours atypique qui a conduit le Dr Marc Lévêque à combattre la douleur sur tous les fronts existants ou à ouvrir.
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