La téléexpertise optique est-elle suffisamment encadrée ? Le Syndicat national des ophtalmologistes de France (Snof) en doute. Dans un communiqué publié ce 3 septembre, le syndicat d'ophtalmologues alerte sur des pratiques qui pourraient, selon lui, s’affranchir des exigences médicales et déontologiques.
Premier sujet d’inquiétude : le risque de retard de diagnostic. Une consultation ophtalmologique permet notamment de dépister des pathologies silencieuses comme le glaucome ou certaines atteintes rétiniennes. Selon les chiffres avancés par le Snof, plus de 5 000 patients ayant obtenu une ordonnance optique via certains dispositifs de téléexpertise seraient ainsi atteints d’un glaucome non dépisté.
Le syndicat pointe également la part importante des prescriptions de lentilles : 30 à 40 % des ordonnances délivrées via certains dispositifs concerneraient des lentilles, soit quatre à cinq fois plus qu’en consultation présentielle. Une proportion qui interroge le Snof alors que les lentilles nécessitent une évaluation médicale adaptée.
Des téléexpertises loin des déserts médicaux
Le syndicat conteste aussi l’idée selon laquelle ces dispositifs répondraient prioritairement aux difficultés d’accès aux soins des patients les plus éloignés du soin. D’après une analyse portant sur les remboursements d’équipements optiques d’Alan, la majorité des téléexpertises serait réalisée dans de grandes métropoles, notamment Paris, Marseille, Toulouse et Lyon. Pour le Snof, ces dispositifs seraient ainsi davantage utilisés à des fins commerciales qu’en réponse aux besoins des territoires sous-dotés. Par ailleurs, le syndicat estime que plusieurs milliers d'ordonnances pourraient avoir été délivrées à des patients situés à plusieurs centaines de kilomètres du médecin prescripteur.
Face à ces constats, le Snof réclame un agrément obligatoire des sociétés de téléexpertise (comme ce qui existe déjà pour les sociétés de téléconsultation), une traçabilité complète des prescriptions et un renforcement des contrôles par l’Assurance maladie. « Le renforcement des contrôles annoncé par l’Assurance Maladie sur les ordonnances issues de téléexpertises optiques constitue une avancée nécessaire : une prescription qui ne respecte pas les règles en vigueur ne doit pas pouvoir être prise en charge comme si elle était conforme », lit-on.
L'organisation syndicale souhaite également une meilleure coopération avec les organismes complémentaires pour identifier d’éventuelles pratiques frauduleuses. Le syndicat passe par ailleurs à l’action : son conseil d’administration a voté à l’unanimité le dépôt de plaintes ordinales contre plusieurs acteurs et prescripteurs de ces sociétés. Il entend également solliciter l’avis du Conseil national de l’Ordre des médecins.
« La télémédecine est un outil au service de l’accès aux soins, à condition qu’elle reste de la médecine », défend Vincent Dedes, président du Snof. Le syndicat précise ne pas remettre en cause la télémédecine mais demande aux pouvoirs publics de s'emparer du sujet et de fixer un cadre clair qui garantisse la sécurité des patients.
CCAM technique, la « nébuleuse » ? Les syndicats médicaux restent réservés sur la grande révision en cours
Dr Vincent Pradeau (Avenir Spé) : « Les spécialistes libéraux sont mobilisés et remontés comme jamais ! »
Le pilotage de précision des grossesses sous immunosuppresseurs
Sarcoïdose : souvent thoracique, mais pas que