DE NOTRE CORRESPONDANT
CHEWING-GUM dans la bouche, tout de jean vêtu, Kevin (1), 12 ans, ne paraît pas si impressionné que cela. Ce lundi matin, à une heure où il devrait se trouver au collège, il va pourtant passer un test de créativité (2). Adressé au Centre national d’aide aux enfants et adolescents à haut potentiel (CNAHP) de Rennes, comme beaucoup d’autres enfants envoyés là pour des problèmes scolaires (Kevin a été exclu, une dizaine de jours auparavant), pour des troubles du comportement, notamment à type d’hyperactivité avec déficit attentionnel, ou encore pour des aspects dépressifs, et chez lesquels a été découvert un haut potentiel intellectuel, ce jeune garçon va, durant trois-quarts d’heure, plancher sur cinq épreuves.
« Il est acquis que les capacités créatives peuvent être développées dès le plus jeune âge, explique Todd Lubart, professeur de psychologie à l’université René Descartes-Paris 5 et un des trois auteurs de cet outil nommé EPOC (Évaluation du potentiel créatif des enfants). Il est donc important de pouvoir les évaluer par un outil adapté. Peu d’outils de ce type existent. Ce test permet d’identifier les domaines où la créativité de l’enfant testé s’exerce le mieux, facilitant ainsi le développement de ses capacités et permettant leur valorisation, pour les enfants en échec scolaire par exemple. »
Deux domaines d’application vont être testés : verbal et graphique. Les mesures seront étendues plus tard à d’autres domaines (musical, social, inventions techniques, etc). Pour chacun des deux domaines appréhendés, seront mesurées une composante de pensée divergente exploratoire (proposer de nombreuses solutions à partir d’un seul stimulus) et une composante de pensée convergente – intégrative (les participants doivent fournir une seule proposition, la plus originale possible).
Une notion positive.
Exemple : la dernière épreuve proposée par le psychologue Grégory Nevoux consistait à inventer une histoire à partir de trois personnages cités. Deux à trois minutes pour réfléchir et dix minutes ou plus pour la raconter. Au terme de cette première séquence (il y en aura une seconde), le psychologue clinicien du CNAHP voit déjà des éléments émerger, liés a priori à la situation difficile que le jeune homme vit actuellement. « Pour nous, l’évaluation doit être la plus globale possible, précise-t-il. On voit des enfants en échec scolaire qui ont un fort potentiel créatif. Ceux-là passent souvent à la trappe. Les enseignants et les parents ne les repèrent pas. Le dessin notamment, qui est utilisé dans le test de créativité, permet à ces enfants de sublimer leurs émotions, leur dynamique intérieure… C’est important de valoriser ce potentiel car cela renvoie à une notion positive. Cela a un effet apaisant sur l’enfant. » (3)
Sylvie Tordjman, pédopsychiatre qui dirige le CNAHP, souligne l’intérêt de ce nouvel outil comme partie intégrante d’une démarche d’évaluation. « Il faut appréhender l’enfant dans sa globalité, précise-t-elle. Évaluer la créativité nous permet d’apporter une complémentarité aux tests classiques. Cela aide à comprendre l’articulation de ces différents potentiels au sein de son fonctionnement psychique et enfin de proposer un travail thérapeutique. Les enseignants peuvent l’utiliser de façon systématique pour construire un projet pédagogique individuel. Quant aux médecins, il faut voir dans quel contexte et avec quel objectif pour que les résultats soient exploités de façon adaptée. »
(1) Prénom modifié.
(2) « La créativité peut être définie comme la capacité de l’individu à réaliser une production qui soit à la fois originale et adaptée au contexte et aux contraintes de la situation », rapporte Maud Besançon (Laboratoire de psychologie différentielle de Paris-Descartes) dans le livre cité en note 4.
(3) À lire : « Le Dessin des enfants à haut potentiel », Presses Universitaires de Rennes.
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