LE QUOTIDIEN – Qu’est-ce qui fait la force du système médical chinois ?
ÉRIC MARIÉ – La cohabitation de deux systèmes officiels : la médecine occidentale et la médecine traditionnelle. Ce modèle a fait ses preuves, et s’est exporté en Asie et dans le reste du monde. En Corée par exemple, la médecine traditionnelle chinoise est une filière élitiste et prestigieuse, avec une sélection plus rigoureuse que celle de la médecine occidentale. En France, la médecine chinoise est encore considérée comme une médecine non conventionnelle, tandis qu’elle a un statut conventionnel dans un grand nombre de pays.
Les médecins français ont-ils une connaissance juste de la médecine chinoise ?
Il est difficile de généraliser mais beaucoup confondent médecine chinoise (un système médical complet avec ses théories, ses méthodes de diagnostic, sa nosographie...) et acupuncture, qui n’est qu’une branche thérapeutique comme l’antibiothérapie pour la biomédecine. L’acupuncture ne représente, en Chine, que 10 % des consultations de médecine traditionnelle chinoise. Certains médecins français ont également une vision archaïque des hôpitaux chinois, avec conditions précaires d’asepsie. Si c’était parfois vrai il y a vingt ans, cette vision est aujourd’hui obsolète.
D’autres préjugés sont fortement ancrés, comme le fait de croire que la médecine chinoise est principalement empirique, alors que tous les spécialistes la définissent au contraire comme une médecine savante. De la même façon, on imagine parfois que son usage est surtout palliatif, alors que dans beaucoup de maladies, chroniques notamment, c’est exactement le contraire : la médecine traditionnelle assure le traitement de fond tandis que la médecine occidentale agit contre la douleur. Un patient atteint de polyarthrite rhumatoïde, par exemple, aura recours à la médecine chinoise pour traiter le fond de la pathologie, et à la médecine occidentale (anti-inflammatoires, antalgiques...) en cas de crise aiguë.
Si vous deviez lister les avantages et les inconvénients de la médecine occidentale et chinoise ?
La médecine occidentale est devenue très performante dans de nombreux domaines (chirurgie, cancérologie, maladies infectieuses...) grâce aux progrès technologiques. L’appendicite n’est plus un drame. On ne meurt presque plus du diabète. Cependant, dans de nombreux cas, les traitements sont invasifs ou s’accompagnent d’effets indésirables, souvent le patient doit prendre un traitement à vie. La médecine chinoise offre une alternative en faisant un diagnostic différentiel plus diversifié, fondé sur des signes plus nombreux, et prenant en compte l’ensemble de la physiologie. La pharmacopée chinoise est extrêmement étendue (plusieurs milliers de drogues et des dizaines de milliers de formules). Ce qui ne veut pas dire que la médecine chinoise guérit tout ce que la médecine occidentale ne guérit pas. Chaque système médical a ses propres performances, d’où l’intérêt d’étendre l’offre de soin en intégrant l’expérience chinoise, sans se départir d’un esprit scientifique et d’une analyse critique dépassionnée.
Les médecins français sont-ils prêts à s’ouvrir à la médecine chinoise, ou est-ce prématuré ?
Mes confrères sont parfois réticents mais souvent curieux aussi. J’en ai fait l’expérience en montrant des dossiers médicaux chinois à des chirurgiens orthopédiques français. Ils ont pu constater que des fractures sévères ont été parfaitement réajustées sans incision à la clé. Stupéfaction des chirurgiens, qui m’ont demandé : « Mais comment ont-ils fait ça sans ouvrir ? » En France, le patient n’aurait pas pu échapper à l’opération. En Chine, six ou sept personnes s’activent autour du patient et le remettent d’aplomb grâce à une technique du toucher ancestrale. C’est un travail d’orfèvre. J’ai assisté à un cours où le chirurgien chinois devait rassembler une bouteille de verre brisée morceaux au travers d’une serviette en éponge. Ce puzzle, seul un Chinois peut le reconstituer. L’examen du pouls et de la langue est également très poussé en Chine (il existe un traité moderne d’examen de la langue de mille pages). Il est nécessaire que la médecine chinoise soit examinée en tant que telle et non à travers le prisme de la médecine occidentale, même si certains aspects peuvent nous paraître difficiles à comprendre parce qu’ils sont étrangers à notre culture. Des chercheurs d’autres pays ont déjà initié cette démarche. Je ne peux pas croire que les Français n’en soient pas capables.
* Présentation des DU de médecine chinoise sur le site de Montpellier 1 (http://offre-formation.univ-montp1)
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