Malgré leurs allégations et leurs composés présentés comme naturels, les compléments alimentaires ne sont pas sans risques pour la santé. Depuis la mise en place d’un dispositif de nutrivigilance en 2009, 17 signalements préoccupants sont remontés en moyenne chaque année aux autorités compétentes, a indiqué l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses), lors d’un point presse ce 24 mars.
À l’occasion du Printemps de l’esprit critique, organisé par Universcience et dont la 4e édition, du 1er mars au 30 avril 2025, porte sur le thème de l’alimentation, l’Agence fait le point sur « le vrai du faux » concernant des produits de plus en plus consommés et chargés de « croyances ». « Une partie de la population pense que les compléments alimentaires sont destinés à combler des déficits nutritionnels », sans savoir que « ces produits comportent des risques », regrette Irène Margaritis, adjointe au directeur d’évaluation des risques.
Les compléments alimentaires peuvent être recommandés dans quelques cas, comme la vitamine D en population générale, la vitamine B12 chez les végétaliens ou des personnes allergiques qui n’ont pas accès à certains nutriments par l’alimentation. Mais il reste que ces produits sont l’objet d’une consommation parfois « sauvage », entraînant des effets indésirables, rapporte Aymeric Dopter, chef de l'Unité d'évaluation des risques liés à la nutrition de l'Anses.
Cinq cas sévères en 2024
En 2024, le dispositif de nutrivigilance a reçu environ 500 déclarations d’effets indésirables, dont un peu plus de la moitié comportaient suffisamment de données pour une analyse d’imputabilité. Dans 67 % des cas analysés, il s’agissait de femmes et l’âge moyen était de 44 ans. Les déclarants pouvaient avoir consommé plusieurs compléments alimentaires, jusqu’à 15 produits par jour dans un cas. Sur l’année, cinq déclarations présentaient « une sévérité et une imputabilité très élevées », alerte Fanny Huret, responsable de la mission de nutrivigilance de l’Anses.
Les effets indésirables peuvent relever de la toxicité intrinsèque des produits. C’est le cas des compléments alimentaires « minceur » à base de Garcinia cambogia. En 2019, un décès a été enregistré après une consommation de quelques semaines, selon la notice du fabricant. C’est le cas aussi de « gummies » (des bonbons gélifiés) pour les cheveux, responsables de deux cas d’hépatite, dont un a nécessité une greffe, et suspectés d’interactions « potentielles » avec la pilule contraceptive.
Des effets peuvent aussi survenir en cas de mésusage. Des surdosages de vitamine D chez des nourrissons ont entraîné six cas d’hypercalcémie sévère. Les produits, achetés en ligne, contenaient des doses « 30 à 40 fois » supérieures aux recommandations journalières avec des conséquences potentielles sur les reins (néphrocalcinose), indique Fanny Huret.
Autre problème, les compléments alimentaires sont source d’interactions médicamenteuses avec, pour conséquence, une hausse de la toxicité d’un médicament ou la baisse d’efficacité d’un traitement. Un complément à base de vitamines et de minéraux a ainsi « réduit l’efficacité d’une trithérapie », rapporte Fanny Huret.
Enfin, les produits, parfois fabriqués en dehors de l’UE, peuvent contenir des substances interdites sur le continent. Certains produits « minceur » contiennent par exemple de la sibutramine, une substance retirée du marché français en raison de sa toxicité cardiaque.
Une évaluation encore lacunaire
En ligne, prospère un « marché obscur » où « tout et n’importe quoi » est vendu, déplore Aymeric Dopter. Mais les fabricants tirent également profit de failles dans la réglementation européenne. Les fabricants de produits à base de CBD avancent par exemple toutes sortes d’allégations favorables à la santé, alors que l’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) « ne s’est pas prononcée sur l’innocuité de ces produits », rappelle Fanny Huret.
En charge de l’évaluation des compléments alimentaires depuis un règlement de 2006, l’Autorité européenne a dû suspendre ses travaux à la demande de la Commission européenne, après des contestations d’industriels sur la méthodologie utilisée par l’Efsa, résume Aymeric Dopter. Dans l’attente de la reprise des évaluations, il n’est ainsi pas interdit (sans que cela soit autorisé) d’afficher une allégation favorable à la santé sur les produits.
Dans ce contexte, les médecins ont un rôle à jouer pour informer leurs patients des risques encourus avec la consommation de certains compléments alimentaires. Ils sont aussi encouragés à déclarer les effets indésirables développés par leurs patients, car, contrairement aux médicaments, l’évaluation des risques associés à ces produits n’intervient qu’après la remontée de cas. « C’est la vigilance qui déclenche le travail d’analyse et l’évaluation », rappelle Fanny Huret.
La FDA approuve Blujepa, le nouvel antibiotique de GSK dans la cystite
Cancer de la vessie : un vaccin antituberculeux associé aux instillations de BCG diminue la récidive
PFAS : l’Académie des sciences s’attaque à une pollution « d’une complexité inédite »
Choc et inquiétude à la Croi après le retrait des États-Unis des programmes de santé mondiale