Le risque d’hospitalisation pour insuffisance cardiaque (IC) augmente en cas de températures basses (5 °C), mais aussi d’humidité relative élevée, de pression atmosphérique haute et de précipitations accrues. C’est ce que rapporte une équipe de chercheurs issus de l’université de Lorraine à partir d’une analyse rétrospective publiée dans le journal de l’American College of Cardiology.
Si l’association entre températures extrêmes (froides ou chaudes) et mortalité cardiovasculaire (CV) est déjà connue de longue date, l’équipe nancéenne a, ici, souhaité quantifier le phénomène. « Bien qu’il existe des facteurs déclenchants indirectement liés aux variations de température comme les infections respiratoires aiguës en hiver ou la prise de diurétiques en été, il semblait également pertinent que les températures basses aient un lien indépendant avec les décompensations cardiaques. De plus, une évaluation complète des autres variables météorologiques apparaissait essentielle », contextualise pour Le Quotidien le Pr François Roubille, chef de service de l’unité de soins intensifs cardiologiques du CHU de Montpellier et coauteur de l’étude.
Les chercheurs ont ainsi montré que le risque d’hospitalisation pour IC augmente de 10 % tous les - 5 °C et serait le plus élevé une semaine après le début de l’exposition au froid. « Ce délai pourrait représenter la période optimale pour prédire les événements liés à l'insuffisance cardiaque, écrivent-ils. Et justifier des changements de comportement et des interventions personnalisées chez les patients atteints d'insuffisance cardiaque. »
Précipitations, pression atmosphérique, pollution : un effet délétère mais moindre
L’analyse a inclus 4 512 patients admis pour dyspnée aiguë et avec une IC aiguë diagnostiquée au service des urgences du CHU de Nancy entre janvier 2010 et octobre 2022 dans le cadre de l'étude Paradise (acronyme de Pathway of Dyspneic Patients in Emergency). L'âge médian des patients était de 83 ans, 57 % étaient des femmes et les comorbidités les plus fréquentes étaient l'hypertension artérielle, le diabète, des antécédents d'IC chronique ou de fibrillation auriculaire et la dyslipidémie.
Les auteurs relèvent un pic hivernal des hospitalisations pour IC avec au moins 90 admissions cumulées par semaine de décembre à fin mars (moyenne des admissions par semaine en hiver de 104,3). À l'inverse, pendant les mois d'été (c'est-à-dire de juin à septembre), le nombre cumulé d'hospitalisations pour IC par semaine n'a pratiquement jamais dépassé 80 (moyenne d'admissions par semaine en été de 73,9), soit un rapport des taux d'incidence (IRR) de 0,90 par baisse de 5 °C.
De plus, une augmentation des précipitations sur une semaine ou un mois (IRR pour 5 mm = 1,11 et 1,18) et une élévation de la pression atmosphérique sur un mois (IRR pour 5 hPa = 1,06) ont également été associées à un risque accru d'hospitalisation ultérieure pour IC. « Il se pourrait que la pollution joue aussi un rôle “météo-like” sur les décompensations, ajoute le Pr Roubille. C’est une association de malfaiteurs. » Toutefois, les auteurs précisent que l’association entre basses températures et décompensation reste la plus significative et apparaît indépendante des autres variables météorologiques et facteurs de risque. De plus, l’augmentation progressive du risque d'IC était associée à une exposition prolongée à la température jusqu'à une semaine, après quoi le risque se stabilise.
Dispositifs de télésurveillance
Les scientifiques estiment que la décompensation de l'IC serait liée à des changements physiologiques causés par le froid : augmentation de l'activité sympathique (via la noradrénaline) conduisant à une résistance vasculaire systémique plus élevée (et à une augmentation de la fréquence cardiaque dans une moindre mesure) et donc finalement à une diminution proportionnelle du débit cardiaque et du volume systolique ; augmentation de la pression artérielle en hiver ; modifications de l'homéostasie du volume extracellulaire (hydrique et sodique) ; baisse des températures périphériques et centrales entraînant une vasoconstriction cutanée périphérique et des frissons pouvant augmenter la fréquence cardiaque, la pression artérielle, l'agrégation plaquettaire et la concentration des biomarqueurs inflammatoires… Les auteurs soulignent cependant que tout cela « dépend également de l'adaptation comportementale individuelle ou collective et de la réponse physiologique à ces conditions extrêmes ».
Forts de ces résultats, les chercheurs proposent de mettre en place des alertes en cas de grand froid, à l'instar des alertes canicule, « car les périodes de froid, en particulier celles qui durent une semaine, augmentent considérablement le risque de décompensation cardiaque ». Ils soulignent aussi l’intérêt de leurs données pour les systèmes de télésurveillance non invasifs à domicile. Ces derniers pourraient prendre en compte les températures pour émettre « des alertes environnementales » et « ajuster le traitement en temps opportun, par exemple en modifiant les agents diurétiques ou les médicaments modificateurs de la maladie ». Une piste que le Pr François Roubille a déjà commencé à explorer en ce qui concerne les décompensations cardiaques lors des canicules.
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