LE PROCESSUS menant à l’addiction comporte trois grandes étapes. Il débute toujours par le stade de l’usage dit « récréatif ». Il s’agit de consommations ponctuelles, parfois festives permettant de goûter aux fonctions positives d’une substance psychoactive ou d’un comportement donné. « Une personne timide consommant de l’alcool lors d’un dîner aura, par exemple, plus de facilités à discuter avec les autres. L’alcool lui procurera un certain soulagement, une ouverture vers l’autre. Or, lorsque le cerveau rencontre quelque chose qui lui semble favorable, il a tendance à le redemander », indique le Dr William Lowenstein, pneumologue et addictologue, directeur de la clinique Montevideo spécialisée dans la prise en charge des addictions. C’est là que l’individu peut passer au stade de l’abus : il va avoir recours, de façon fréquente, à une substance ou effectuer régulièrement un comportement qui lui apporte un soulagement. Tout en sachant que celui-ci peut être dangereux.
A ce stade, il peut encore s’arrêter. Mais lorsqu’il bascule vers la dépendance, il n’arrivera plus à changer son comportement ou à se passer de la substance en question. « Au stade de la dépendance, vouloir n’est plus pouvoir. La volonté perd toute son efficacité. Le fait de connaître les conséquences négatives de son comportement n’aide pas à s’arrêter. Le patient continue, par exemple, à consommer de la cocaïne en sachant que cela est en train de lui faire perdre son emploi. Désormais, il souffre psychologiquement et physiquement lorsqu’il n’a pas accès à cette substance », souligne le Dr William Lowenstein.
L’addiction - devenue dépendance - est désormais reconnue comme une maladie fonctionnelle du cerveau. « Or, la dépendance, de quelque ordre qu’elle soit, n’est toujours pas prise en charge à 100 % par la sécurité sociale alors que nous connaissons tous la chronicité de cette maladie. Il faut améliorer la prise en charge des patients et accélérer la recherche sur les addictions. En dehors des médicaments de substitution aux opiacés et du marché des substituts nicotiniques, il reste encore beaucoup à faire », rappelle le Dr William Lowenstein.
Le rôle des mécanismes neurobiologiques.
Certaines personnes basculeraient plus facilement du stade de l’abus à la dépendance. « La génétique peut expliquer cela. Nous savons également que l’histoire du patient et son développement psycho-affectif peuvent le rendre plus vulnérable à l’addiction. Les cliniciens estiment que 30 % des femmes toxicomanes auraient subi des abus sexuels familiaux dans les quinze premières années de leur vie. Il existe également un lien entre addiction et stress neurobiologique. Ce dernier peut modifier les systèmes neuronaux et les rendre vulnérables à la situation de dépendance », note le Pr Jean-Paul Tassin, neurobiologiste, directeur de recherche à l’Inserm et membre du conseil scientifique de l’Observatoire Européen des Drogues et Toxicomanies.
L’addiction est souvent perçue comme une tentative de soulagement par rapport à une souffrance, un manque, un déficit. « Mais avec la pratique, je me suis rendue compte qu’elle est plutôt une maladie du « trop ». Près de « 90 % des patients que j’ai suivis étaient plutôt sur le versant de l’hyper : hyperactivité, hypersensibilité, hyperréactivité… », note le Dr Lowenstein.
Un fait qui s’explique également par des mécanismes neurobiologiques. De fait, deux systèmes - aux effets complémentaires - permettent de réguler l’humeur. L’un réactive ce qui se passe par rapport à l’extérieur (la noradrenaline) tandis que l’autre permet au système nerveux central de continuer à fonctionner malgré l’évènement extérieur (la sérotonine). « Ces deux systèmes sont couplés car il ne faut pas que le premier aille trop loin et donc, que le second soit activé par le premier. Or, le fait de prendre certaines drogues (emphétamines, morphine, cocaïne, héroïne, tabac et alcool), entraine une dissociation de ces deux systèmes qui, normalement, se contrôlent mutuellement. A partir du moment où le système noradrénergique n’est plus contrôlé par la sérotonine, le patient devient hyper actif ; il souffre en permanence d’une activation noradrénergique trop importante », affirme le Pr Tassin. Un des nombreux enjeux de la recherche sur les addictions sera donc de trouver, à l’avenir, un traitement permettant de bloquer les récepteurs entrainant le découplage des systèmes noradrénergique et sérotoninergique.
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