Afin d’« éclairer le Parlement et l’opinion » sur les enjeux de la biologie de synthèse, la présidente de la commission des affaires culturelles et de l’éducation à l’Assemblée nationale, Michèle Tabarot a saisi l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST). Dans son rapport de 229 pages, la députée socialiste Geneviève Fioraso, se risque à une définition relativement consensuelle du champ encore mal délimité de la biologie de synthèse. À savoir : « une science fondamentale centrée sur l’application », avec « une approche méthodologique mêlant l’analyse scientifique de la biologie et l’ingénierie des biotechnologies » (génie génétique, modélisation informatique, microfluidique, génotypage…). Son ambition est de proposer « une approche du vivant inédite par rapport à celle de la biologie moléculaire ou de la biologie des systèmes ».
Les applications potentielles de la biologie de synthèse touchent de nombreux domaines : énergie, chimie, environnement, agriculture, procédés industriels et bien sûr santé. « Compte tenu du caractère émergent de la biologie de synthèse, les exemples concrets de ses applications sont encore limités », reconnaît Geneviève Fioraso.
Exemples concrets.
Dans le champ pharmaceutique, la biologie de synthèse a notamment été intégrée au développement d’un médicament à base d’artémisinine dans le traitement du paludisme et des fortes fièvres. Aux États-Unis, la FDA pourrait autoriser dès cette année la mise sur le marché de cette artémisinine élaborée selon des procédés de biologie de synthèse afin de réduire les coûts de production et rendre la molécule accessible à un plus grand nombre de patients dans le monde. De même, la biologie de synthèse a fait ses preuves dans le cadre d’un nouveau procédé de fabrication de l’hydrocortisone qui présente des avantages à la fois industriels, commerciaux et environnementaux. Au Canada, une entreprise de biotechnologies (Medicago) s’est vu accorder, en novembre 2010, une autorisation des autorités sanitaires locales pour procéder à un essai clinique de phase II d’un vaccin contre la grippe H5N1 mis au point grâce aux techniques de biologie de synthèse qui permettent de créer des stocks de nouveaux germes en quelques heures.
À plus long terme, les possibilités offertes par la biologie de synthèse pourraient modifier l’approche de certaines pathologies comme le diabète ou l’obésité. « Présentée comme une technologie de rupture et une révolution industrielle, la biologie de synthèse impose aux États de mettre en œuvre une stratégie de développement ambitieuse et rigoureuse », considère Geneviève Fioraso.
Analyser et maîtriser les risques.
En ce qui concerne la France, les compétences dans ce domaine sont « fortes mais trop diffuses » et surtout cloisonnées, « tant pour la formation que pour la recherche », constate la députée. En outre, « les investissements d’avenir et singulièrement, le fleuron que représente Saclay n’intègre (si l’on exclut Jouy-en-Josas) aucune véritable recherche fondamentale comme appliquée en biologie de synthèse », souligne le rapport qui appelle à pousser l’expertise nationale dans ce domaine « sous peine d’être distancé par les autres pays » et rater ainsi le « train de la bioéconomie ».
La mission parlementaire prône aussi l’initiation d’un débat public « responsable » pour que les avancées de la biologie de synthèse qui suscitent des « inquiétudes parfois légitimes se fassent dans un climat serein ». Si de nouvelles réglementations ne semblent pas indispensables à ce stade de développement de la biologie de synthèse, Geneviève Fioraso insiste toutefois sur « la nécessité de développer les connaissances dans la recherche fondamentale en biologie » pour « prévenir la mise en circulation précipitée de produits dont on ne connaîtrait pas l’impact sur la santé ou l’environnement ».
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