TECHNOLOGIE aux résultats thérapeutiques aléatoires ? Aux retombées scientifiques et industrielles incertaines ? Équipement onéreux - quelles limites financières fixer au traitement d’une tumeur ? - soupçonné d’un rapport coût/bénéfice négatif ? Incapacité de ses promoteurs à soutenir des arguments assez convaincants et séduisants auprès des ministères de tutelle ? Toujours est-il qu’il aura fallu quinze ans pour que la gestation, difficile, cahoteuse, du (futur ?), centre lyonnais de traitement des cancers par ions carbone parvienne enfin dans sa dernière ligne droite, et connaisse bientôt son heure de vérité, dans une sorte de trivial « ça passe ou ça casse » : Les experts ministériels et les managers financiers du Grand Emprunt diront si le projet ÉTOILE, qui associe désormais les radiothérapeutes de Lyon, Grenoble, Saint-Étienne et Caen est retenu dans la mince cohorte des grands projets « innovants et structurants » susceptibles d’être exceptionnellement soutenus par l’État, notamment par le biais l’Agence nationale de la Recherche. Imaginé début 1997 par le physicien du CERN Ugo Amaldi et par deux professeurs de l’Université Lyon I, les Prs Jean-Pierre Gérard et Joseph Remilleux, le projet a, depuis lors, été porté à bout de bras essentiellement par les collectivités territoriales, Région Rhône-Alpes, Grand-Lyon, qui y ont englouti pus de 14 millions d’euros, quand l’État, de son côté, n’en a consenti qu’un peu plus de trois.
Plus d’un millier de patients par an.
Certes, reconnaît aujourd’hui le Pr Jacques Balosso, qui dirige à la fois le service de radiothérapie du CHU de Grenoble et le projet ÉTOILE, « nous avons avancé pour de multiples raisons à vitesse "escargotesque", mais nous sommes désormais au pied du mur : le Grand emprunt est un peu notre horizon, et, d’un mot, si on se plante, c’est foutu ! »
L’équipe qui l’entoure ne s’est pour autant jamais découragée. Elle a multiplié les projets de recherche, organisé deux congrès européens, cultivé les relations avec les équipes japonaises, leaders de la technologie, mais aussi avec les Allemands, et les Italiens, qui s’y sont à leur tour récemment lancés. Une étude randomisée France Allemagne incluant une trentaine d’équipes côté français est, par exemple, en train de collecter et analyser les résultats thérapeutiques obtenus sur 250 patients traités avec les ions carbone et de les comparer avec une cohorte témoin prise en charge avec les thérapeutiques classiques. Elle a aussi, il est vrai, nettement infléchi au fil du temps le projet d’origine, imprimant à la seule structure initiale de soins et de recherche un profil résolument tourné vers la synergie avec l’industrie : « des retombées en termes économiques et d’emplois sont fortement espérées », résume le Pr Balosso, notamment du côté des collectivités territoriales. Un volet qui pèsera lourd dans la décision des analystes du Grand Emprunt.
ÉTOILE nécessitera pour sa construction un investissement de l’ordre de 200 millions d’euros, et un accord avec l’assurance maladie a été trouvé pour une prise en charge annuelle par patient de l’ordre de 30 000 euros, « ce qui place le traitement par les ions carbone dans la moyenne des coûts des autres traitements du cancer », précise le Pr Balosso. Une file active de mille à mille deux cents patients par an est prévue dans le dossier d’instruction du projet : ils s’agit de malades atteints de tumeurs radio résistantes aux traitements classiques dont « les indications sont désormais parfaitement validées au niveau international », insiste le directeur d’ÉTOILE. Leur « profil » est connu grâce aux centres déjà en activité, au Japon notamment, ajoute-t-il. Les patients concernés sont âgés en moyenne de 55 ans, leur « espérance de vie professionnelle est d’une dizaine d’années ». Quant aux résultats espérés, ils sont naturellement fondés aussi sur ceux obtenus ces dernières années par les équipes étrangères : le taux de guérison est de l’ordre de 20 %. En clair, conclut le Pr Balosso, « nous espérons sauver 200 à 250 vies sur notre patientèle annuelle ».
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