LA SOUFFRANCE AU TRAVAIL n’est plus un tabou. Est-on pour autant armé pour l’identifier ? Non, répondent Marie Pezé, Rachel Saada, avocate et Nicolas Sandret, médecin inspecteur du travail. « Malgré la grande richesse des recherches françaises sur les rapports entre santé et travail, c’est d’évidence la notion de harcèlement moral qui a soudainement envahi tous les discours », écrivent-ils dès l’introduction, critiquant ainsi une notion psychologisante, qui réduit les conflits professionnels à des querelles personnelles au sein d’un couple bourreau/victime.
« Or, c’est dans le travail lui-même que gît la vérité de nombreuses situations de souffrance », continuent-ils, preuves à l’appui. Joséphine est secrétaire réceptionniste depuis 14 ans dans une maison de retraite lorsque son médecin du travail sonne l’alerte. Après des années épanouissantes d’exercice en quasi-autonomie, la salariée vient de changer de directrice. Celle-ci ne cesse de remettre en cause ses prérogatives, jusqu’à ce que la situation se dégrade à tel point que les accusations, ad hominem, versent dans l’humiliation. Joséphine se dit « harcelée ». À travers ce mot, c’est toute une vision biaisée de la situation qui s’exprime : « Ce qui aurait pu déboucher sur une analyse de la nouvelle organisation du travail va être interprété comme un conflit de personnes, un conflit de "bonnes femmes". Analyse psychologisante classique, mais regrettable, car la nouvelle organisation du travail qui affecte l’ensemble des salariés ne peut être que conflictuelle. » Médecin, inspecteur, PDG, directrice et salariée, tous sont passés à côté du travail.
Salarié adulte.
Comment différencier douleur psychologique et burnout professionnel ? En parvenant tout d’abord à objectiver son travail, répondent les auteurs. « Première difficulté majeure : le travail s’éprouve plus qu’il ne se décrit. » C’est là que le rôle du médecin est capital, pour ne pas ramener la détresse d’un salarié à un tableau pathologique banal, ce qui serait une deuxième maltraitance. Certes, le sujet tend à focaliser sur un conflit personnel au sein de l’entreprise. Pas un mot sur le management qui serait intrinsèquement pathogène. C’est alors au clinicien de « tendre l’oreille » et de savoir faire émerger lors de l’entretien la réalité du labeur. Marie Pezé enjoint ainsi les professionnels à retracer le parcours professionnel du salarié en suivant la dégradation de ses conditions de travail, afin de déconstruire les mécanismes destructeurs à l’œuvre.
Le travailleur doit ensuite devenir sujet de droit et s’intéresser au contrat de travail et aux outils juridiques dont il dispose. « Un salarié averti n’est pas forcément un salarié désenchanté. C’est un salarié adulte. Il réagira plus tôt, se soignera plus tôt, ira voir les interlocuteurs dans et hors de l’entreprise plus tôt. » Il ressort en effet des cas cliniques étudiés que plus la personne s’investit affectivement dans son travail, plus son identité est menacée en cas de conflit.
Dans ce souci de « pallier l’ignorance des salariés et des managers », l’essai contient en annexe les textes législatifs importants et la chaîne des acteurs de prévention. Destiné autant aux employés qu’aux employeurs ou aux professionnels de la santé, « Travailler à armes égales » appelle surtout à davantage de coopération. Car la souffrance au travail, « c’est notre affaire à tous », conclut Marie Pezé.
« Travailler à armes égales - souffrance au travail : comment réagir, Marie Pezé, Rachel Saada et Nicolas Sandret, Pearson, coll. « Les temps changent », 224 p., 18 euros. Le site www. travailler-armesegales.pearson.fr donne tous les documents pour mettre en œuvre tous les conseils prodigués
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