DE NOTRE CORRESPONDANTE
LA MONDIALISATION nous rend-elle fous ? Pour les organisateurs de ce premier Congrès des 5 continents, cette question ne serait ni « de pure forme », « ni une provocation ». Elle repose sur l’observation clinique d’effets psychosociaux biens réels, qu’il reste à décrire et à évaluer de par le monde. Il se trouve que l’Observatoire national des pratiques en santé mentale et précarité (ONSMP), créé en 1996 à Lyon, dispose désormais d’un certain nombre de travaux sur la précarité et les sans domicile fixe (SDF). Or, comme l’explique le Dr Jean Furtos, psychiatre, cheville ouvrière de cet observatoire et co-organisateur du congrès, « notre attention a été attirée, en dehors de la marginalité, en observant ce qui est devenu malheureusement banal et que l’on nomme la souffrance ou le stress au travail ». Ainsi, dans les pays dits « riches », les personnes au travail développeraient des pathologies identiques à celles observées chez les SDF ou chômeurs de longue durée : sentiment d’exclusion, rupture des liens sociaux, etc. Au sein de l’ONSMP, les chercheurs en ont déduit que ce qui était décrit à la marge, fonctionnait aussi pour le centre. « C’est toute la société qui est précaire », estime ainsi Jean Furtos. La précarité ne serait plus seulement un phénomène de pauvreté, d’incertitude du lendemain pour se loger, mais un vaste problème de perte de confiance, en autrui et dans l’avenir, qui se reporte sur soi. « Elle est dramatique », estime ce psychiatre Lyonnais, « car elle conduit, dans nos pays, à des politiques sécuritaires : on a peur des fous, des étrangers, des automobilistes, des chômeurs, des adolescents et au fond… l’Autre redevient dangereux, comme au XVIIe siècle ! »
« Déclaration de Lyon ».
Les congressistes vont pouvoir comparer les observations faites au sein des pays francophones à d’autres, issues du monde entier, telles que l’inquiétante progression du suicide dans les pays d’Asie, ou l’augmentation du nombre d’enfants contraints de travailler en Afrique, parce que les structures traditionnelles des familles sont touchées de plein fouet par la mondialisation. « Nous voulons confronter ces situations, pas uniquement pour l’intérêt intellectuel, mais avec deux objectifs complémentaires », assure le Dr Furtos. Le premier sera de constituer un réseau international d’observation sur « mondialisation et santé mentale », pour analyser et surtout pointer ce qui ne va pas et prodiguer des conseils. Le second, de rédiger une déclaration, « la Déclaration de Lyon », qui rappellera que si les droits de l’homme individuel sont très importants, ceux de l’individu social, l’« animal social », pour reprendre Aristote, le sont tout autant. Et que toute action dans ce sens devrait contribuer à l’amélioration de la santé mentale. Cette déclaration sera transmise à l’ONU et à l’Union européenne, dans l’idée d’inciter les états membres à prendre soin de « l’écologie sociale de la planète ».
* Congrès organisé par l’ONSMP et l’Université Claude-Bernard Lyon-1, en collaboration avec des Institutions et des Associations des cinq continents. http://congresdescinqcontinents.org/fr
Santé mentale des jeunes : du mieux pour le repérage mais de nouveaux facteurs de risque
Autisme : la musique serait neuroprotectrice chez les prématurés
Apnée du sommeil de l’enfant : faut-il réélargir les indications de l’adénotonsillectomie ?
Endométriose : le ministère de la Santé annonce une extension de l’Endotest et un projet pilote pour la prévention