« NOUS SOMMES AUJOURD’HUI à la croisée des chemins. (...) Il n’est pas inéluctable que l’innovation patine en Europe, alors qu’elle progresse à une vitesse vertigineuse dans les pays émergents, alors qu’elle reste l’un des éléments constitutifs de la culture américaine, nordique ou suisse. (...) Il faut remettre l’innovation au cœur de notre culture, au cœur des politiques publiques », écrivent les députés Claude Birraux (UMP) et Jean-Yves Le Déaut (socialiste radical) dans leur rapport* réalisé au nom de l’OPECST**. Pour prendre le pouls de la recherche française, les deux rapporteurs ont rencontré tout au long de l’année 2011 plus de 1 000 personnes en France et à l’étranger. Si depuis quelques années, la France est entrée dans le chemin de la réforme de sa recherche avec un nouveau cadre politique, fiscal, de nouveaux types de financements, de nouvelles structures de coopération et de coordination, de nombreux freins subsistent à différents niveaux de notre société, considèrent les parlementaires. Pour ces derniers, tout doit être repensé dès l’école. « La peur de l’échec que l’on inculque à nos jeunes dès le plus jeune âge ne va pas dans le sens de la créativité, du goût de la prise de risque, de l’esprit entrepreneurial », déclare Jean-Yves Le Déaut. La mission préconise de placer l’innovation « au cœur de la rénovation de l’enseignement primaire et secondaire », en mettant notamment l’accent sur « la nécessité de susciter dès l’école l’envie de connaître et de comprendre ». Les universités doivent aussi apprendre à mieux valoriser la recherche, en créant ou en renforçant les offices de transfert de technologie. « Il ne s’agit plus comme souvent en France d’y consacrer un ou deux postes. Les exemples étrangers qui portent sur des universités de 30 000 étudiants montrent que pour réussir il faut y employer 10 à 30 personnes », souligne le rapport. L’enseignement supérieur français doit être également renforcé en « favorisant l’interdisciplinarité et en professionnalisant le doctorat ». Les critères d’évaluation de la recherche gagneraient à être élargis pour que « chaque chercheur puisse être évalué en fonction de sa spécialité et indépendamment de la spécialité principale du laboratoire où il exerce ». Quant aux structures de valorisation de la recherche, elles doivent évoluer vers davantage de professionnalisation « en s’inspirant des modèles qui ont réussi à l’étranger ».
Les mines du XXIe siècle seront de matière grise.
Pour que le risque ne soit pas synonyme d’incertitude, la mission suggère de « stabiliser la situation juridique, fiscale et réglementaire de l’entrepreneur » (programmations pluriannuelles des crédits, des dispositifs fiscaux et des mesures en faveur de l’innovation). Les parlementaires proposent aussi de « mettre en place des financements équilibrés entre appels à projets et financements récurrents, et entre investisseurs publics et privés ». Ils souhaitent entre autres que le rapport d’activité et les orientations stratégiques de l’Agence nationale de la recherche (ANR) soient « présentés et discutés annuellement devant l’OPECST, en amont de la discussion budgétaire ». La déclinaison stratégique de l’innovation doit en outre se faire « au plus proche du terrain », en créant « une dynamique favorable aux écosystèmes d’innovation à l’échelon régional ». Plus généralement, des actions pourraient être menées au niveau de la perception des innovations par le grand public, en précisant par la loi, les domaines d’application du principe de précaution, en créant des sites Internet thématiques participatifs ou en développant des structures de veille des réseaux sociaux. Enfin, l’innovation en France doit surtout être repensée dans le contexte international. « Les recherches ne peuvent plus être conçues indépendamment de ce qu’il se passe dans les autres pays. Les refuser en France entraîne tant leur délocalisation que des avantages compétitifs très importants pour nos concurrents », considère Claude Birraux. « Il faut repenser la politique européenne de recherche. (...) On ne peut pas se contenter de grandes stratégies dont on sait pertinemment qu’elles n’atteindront pas leurs objectifs », ajoute-t-il. La mission recommande à ce titre le développement de relations bilatérales et multilatérales entre laboratoires de recherche, la création de clusters européens, la mise en place de coopérations transfrontalières ou la réalisation d’études thématiques européennes. « Soit la vieille Europe ne considère pas l’innovation comme une priorité. Elle court alors à son déclin. (...) Soit elle considère que les mines du XXIe siècle seront de matière grise (...) et tous les espoirs lui seront permis », conclut le rapport. Reste désormais à faire vivre ces idées du côté des candidats à l’élection présidentielle…
*« L’innovation à l’épreuve des peurs et des risques, Quand la France et l’Europe se réveilleront ».
** Composé de 18 députés et 18 sénateurs, l’OPECST a pour mission d’informer le Parlement et d’évaluer les lois et politiques publiques dans le domaine des technologies et sciences.
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