Quelle santé pour le nouveau quinquennat ?

Ces généralistes qui se sont mis En Marche avant les autres derrière le futur président...

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Publié le 07/05/2017
Campagne Emmanuel Macron

Campagne Emmanuel Macron
Crédit photo : Thomas Bresson

Si l’on se fie à notre sondage présidentiel de fin mars, les généralistes ont dû très largement voter pour Emmanuel Macron ce 7 mai. Et beaucoup plus que le reste de la population. Il y a deux mois, ils étaient en effet près de 80 % à dire préférer le candidat d’En Marche face à Marine Le Pen. Mais ce dimanche soir, certains d'entre eux, qui ont milité ces dernières semaines pour l'ancien ministre de l'Economie sont particulièrement heureux de fêter l'évènement. Beaucoup ont quitté le navire socialiste pour se rapprocher du nouveau président de la République, mais certains sont venus de nulle part...

Des confrères de Touraine et de Bourgogne

Un des plus médiatique est le Dr Philippe Chalumeau en Touraine. Ce généraliste de Chambray a passé 18 ans au PS mais a rejoint le mouvement macroniste dès le 6 avril ... 2016 ! Depuis il a été de tous les combats pour son candidat. Référent et responsable d’ « En Marche ! 37 » il a rencontré plusieurs fois Emmanuel Macron, assisté à de nombreux meetings et sera candidat pour la députation à Tours.

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Plus à l’est en Côte d’Or plusieurs généralistes ont également changé d’étiquette lors de cette présidentielle. C’est le cas du Dr Emmanuel Debost généraliste de 58 ans à Plombières-les-Dijon, qui s'est tout natruellement retrouvé dans la démarche ni droite ni gauche : « J’étais socialiste mais quelques fois des idées du centre pouvaient me convenir et à droite également, mais pendant des années les discours des deux côtés étaient dogmatiques et pas constructeurs ». Le médecin a donc trouvé chez Emmanuel Macron quelqu’un qui voulait « faire avancer notre société » au-delà des considérations partisanes. Rapidement après le lancement du mouvement il rejoint donc le candidat. Il monte une plateforme sur son secteur et garde, « dans son coffre de voiture, affiches et pot de colle ». Le Dr Debost sera candidat aux législatives sur la 1ère circonscription de la Côte d’Or dans un mois. Ce n’est pas sa première expérience politique puisqu’il en est à son troisième mandat au sein du conseil municipal de sa ville.

Comme son confrère du même département, le Dr Yves Sturm s’est lui aussi mis « en marche » dès avril 2016 même si lui aussi appartenait jusque-là au PS. À l’époque il est le seul dans sa ville et alentour; le généraliste de 56 ans de Chevigny-Saint-Sauveur décide donc de devenir animateur local pour le mouvement. Chez lui aussi, c’est le refus du bipartisme qui l’a séduit en premier lieu chez Emmanuel Macron. « Sans arrêt s’entendre dire à gauche, ce qui est à droite ce n’est pas bien, et pareil dans l’autre sens, je trouve ça dommage » explique-t-il. Intéressé par la chose politique, il s’était déjà présenté aux élections municipales mais sans succès.

Il n'y a pas que le programme santé qui les séduit...

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Pour les deux généralistes de la Côte d’Or, c'est sur la prévention que le programme santé d’Emmanuel Macron les a le plus séduit. Selon eux, c’est dans ce domaine qu’il faut investir, une idée avancée par le nouveau président de la République. « L’idée d’un parcours de santé pour le patient, de décloisonner l’hôpital et la ville est importante également », ajoute le Dr Debost. Pourtant, aux yeux des deux généralistes, ce n’est peut-être pas sur son programme santé que le candidat d’En Marche a fait la différence. Emmanuel Debost a par exemple aimé l’idée développée par Emmanuel Macron d’une « valeur travail essentielle dans nos sociétés ». « J’ai été juge aux prud’hommes et j’ai donc été confronté aux difficultés des TPE et PME devant les conflits avec les salariés. Selon moi, il est donc essentiel d’assouplir le droit du travail pour ne pas tout faire porter sur l’employeur et  pour que ces entreprises puissent embaucher plus facilement. Tout en contrebalançant avec plus de droits pour les travailleurs » confie le généraliste.

Le Dr Sturm quant à lui a apprécié la proposition macroniste de créer une allocation-chômage universelle, y compris pour les libéraux. « Personnellement j’ai été un peu en burn out et cela peut faire une différence dans ce genre de situation » souligne-t-il. Le médecin qui a une fille et une petite fille sourde apprécie aussi sa proposition de prise en charge d’un auxiliaire de vie scolaire pour tous les enfants en situation de handicap. Le généraliste a envie de croire qu'Emmanuel Macron peut réussir là où François Hollande, dans lequel il avait pourtant des espoirs a échoué, sous peine de voir Marine Le Pen accéder au pouvoir dans cinq ans, "et pour longtemps" considère-t-il.

L'enthousiasme des novices en politique

Pour d'autres, cette campagne est une première. Jean-Christophe Masseron, jeune généraliste de 36 ans exerçant à SOS médecins Chambéry (73) ne pensait pas s'engager si jeune en politique. "Ça m'a toujours attiré mais je me donnais encore une dizaine d'années". Pourtant, la montée d'Emmanuel Macron au premier rang du paysage politique l'a fait changer d'avis. Quelques mois après sa démission du poste de ministre de l'Économie, il lui écrit pour lui faire part de sa disponibilité pour mener la campagne à ses côtés. Dès le mois de septembre, il commence à travailler avec le mouvement et devient même le référent d'En Marche en Savoie. Ce qui l'a convaincu à s'engager ? Le fait qu'Emmanuel Macron soit "une personne au-dessus de la mêlée, déterminée, et qui proposait quelque chose de nouveau par rapport aux partis politiques professionnels".

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Le programme électoral est venu confirmer les convictions du Dr Masseron, en particulier "son volet économique et européen", précise-t-il. "Le fait de libérer l'économie et le travail, de faciliter l'embauche pour les entreprises, tout en garantissant une protection pour les salariés avec la réforme de l'assurance chômage ou la hausse du minimum vieillesse m'a plu", explique-t-il. Sa vision de l'Europe a aussi assuré l'adhésion du Dr Masseron. "Si, comme tout le monde, j'ai parfois douté de l'Europe, Emmanuel Macron m'a convaincu de son rôle de protection."

Sur la santé, le généraliste de Chambéry qui a auparavant exercé trois ans en libéral, fait preuve de nuances : "On a un programme santé qui n'est pas spectaculaire mais qui est correct et qui peut répondre à pas mal de choses. Le but n'était pas d'avoir un grand catalogue qui contient 200 pages et qu'on a du mal à tenir et qui ne tient pas compte des réalités du terrain. Mais plutôt, des grands engagements qu'on peut tenir grâce à des mesures concrètes pour y arriver en fonction du contexte en avançant dans le temps". Il se félicite toutefois du volet prévention du programme santé. Concernant l'accès aux soins, il prévient, sans langue de bois : "Dire je vais doubler le nombre de MSP, c'est un peu de la poudre aux yeux, ce n'est pas suffisant. Mais Emmanuel Macron sait qu'il faudra faire émerger des projets avec des professionnels qui savent ce qui est bon pour leur territoire". Le généraliste soutient aussi le renforcement de la diversité des modes de rémunération, affirmant que "le tout à l'acte n'est pas une solution d'avenir". 

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Comme le Dr Masseron -mais avec trente ans de plus- le Dr Mario Iglesias, 67 ans, est engagé depuis peu en politique. Sa retraite arrivant à grands pas, il s'est lancé dans l'aventure municipale dans un village des Ardennes où il a exercé pendant 40 ans. Élu à la tête de la mairie de Fumay en 2014 après une première tentative ratée 6 ans plus tôt, il vient de ranger son stétho en janvier dernier. Il se consacre désormais pleinement à son mandat de maire... et à la campagne d'Emmanuel Macron. Souhaitant être candidat aux élections législatives, il est tout d'abord approché par l'UDI, mais s'éloigne finalement du parti fondé par Jean-Louis Borloo suite à son rapprochement avec le candidat Fillon. Le Dr Iglesias, qui ne semble pas partager les valeurs du candidat LR, s'intéresse alors au parcours d'Emmanuel Macron, "plus doux dans sa technique et son mouvement". Le maire de Fumay souhaite également être candidat aux législatives dans sa circonscription mais n'a pas encore reçu de confirmation officielle d'En Marche.

Si, selon lui, le programme d'Emmanuel Macron va permettre "aux entreprises de retrouver de la compétitivité et aux ménages de retrouver du pouvoir d'achat", Mario Iglésias est cependant un peu plus dans l'expectative concernant le programme santé du président. "Augmenter le nombre de MSP, tout le monde le proposait un peu. L'enjeu sera maintenant de trouver les médecins pour les occuper… Son programme est assez modéré mais personne n'a la baguette magique pour redresser le système de santé. On va encore le payer les précédentes politiques pendant quelques années". 

Amandine Le Blanc et Camille Roux

Source : lequotidiendumedecin.fr