La relance par Agnès Buzyn du chantier de la recertification, lors du congrès de l’Ordre en octobre, n’a pas laissé la profession de marbre. Il y a deux ans déjà, cette réforme au menu de la Grande conférence de la santé pilotée par Manuel Valls, avait jeté un froid… Les syndicats avaient dénoncé toute nouvelle mesure contraignante ignorant les efforts consentis en matière de formation et d’évaluation de leurs pratiques.
De l'eau a coulé sous les ponts et les positions sont moins fermées. Lors de sa dernière université d’été, à Giens, la CSMF s’est montrée ouverte « à un processus de type recertification, pour assurer à la population que son médecin est à jour de ses connaissances ». Le SML a mis aussi de l’eau dans son vin. « Cela se fait dans tous les pays européens, constate le Dr Philippe Vermesch, président du syndicat. Il y a des praticiens qui ne se forment pas depuis trente ans ». « Nos patients ont le droit d’avoir des garanties de compétence sur les médecins qui les soignent », abonde le Dr Jacques Battistoni, président de MG France. Tous réclament un processus simple, non chronophage, non sanctionnant, détaché de l'Université et géré par la profession elle-même. Pour le Dr Jérôme Marty, président de l'UFML Syndicat, la recertification n'est vraiment pas la priorité. « C’est une folie, on se trompe d’urgence. La priorité est de donner des moyens à la profession pour exercer convenablement. »
Avant de parler de recertification, plusieurs syndicats demandent une évolution du développement professionnel continu (DPC) actuel. « Il faut davantage de formations axées sur les compétences relationnelles et de communication », plaide le Dr Yannick Schmitt, président du Regroupement autonome des généralistes jeunes installés et remplaçants (REaGJIR), favorable à la recertification. « Le financement est insuffisant, ajoute le Dr Jean-Paul Hamon, président de la FMF. On est à 7 heures par personne et non 40 heures nécessaires ».
Démarche « light »
Qui devra piloter ? Hors de question pour les libéraux de confier la recertification à la Haute autorité de santé (HAS) ou à une agence d'Etat comme celle du DPC. Quant à l'Ordre qui se pose en organisateur naturel (lire page 3), la partie n'est pas gagnée. « L’Ordre a un rôle d’enregistrement, il doit s’assurer que tous les médecins ont bien mis à jour leurs connaissances. C’est aux CNP [conseils nationaux professionnels] d’organiser la recertification », argumente le Dr Jean-Paul Ortiz, patron de la CSMF. Philippe Vermesch (SML) réclame une démarche « light », gérée entre pairs, et « pas un examen au mains des hospitalo-universitaires ». Le Pr Jean-Luc Dubois Randé, président de la conférence des doyens de médecine, juge que « l’Ordre peut être le pilote… si tous les acteurs en sont d’accord ». Autre piste : un consortium composé des différentes composantes de la profession.
Le financement est un autre épine. « Pas de question de demander le moindre centime supplémentaire », prévient Jean-Paul Hamon (FMF).
Pause exceptionnelle de votre newsletter
En cuisine avec le Dr Dominique Dupagne
[VIDÉO] Recette d'été : la chakchouka
Florie Sullerot, présidente de l’Isnar-IMG : « Il y a encore beaucoup de zones de flou dans cette maquette de médecine générale »
Covid : un autre virus et la génétique pourraient expliquer des différences immunitaires, selon une étude publiée dans Nature