Un vaccin thérapeutique anti-HPV pour soigner les cancers intra-épithéliaux (CIN) type 2 et 3 du col de l’utérus

Publié le 18/09/2015

Crédit photo : PHANIE

Une équipe américaine publie dans « The Lancet » les résultats prometteurs d’un vaccin thérapeutique contre les lésions précancéreuses du cancer du col de l’utérus.

Malgré les stratégies préventives pour lutter contre le papillomavirus (virus HPV ), la néoplasie cervicale intra-épithéliale (CIN) du col de l’utérus reste fréquente. La conisation, traitement chirurgical de référence des lésions précancéreuses (CIN 2 et 3), est un acte invasif qui peut avoir des conséquences néfastes à long terme sur la fertilité des femmes. Cet essai thérapeutique randomisé, multicentrique, en double aveugle, contrôlé contre placebo a inclus 167 patientes entre octobre 2011 et juillet 2013.

L’objectif principal de l’équipe du Dr Cornelia Liu Trimble, spécialiste en gynécologie-obstétrique et oncologie, à l’hôpital Johns Hopkins Medicine - Baltimore, était d’évaluer la régression des CIN 2 et 3 chez 125 patientes ayant reçu le vaccin VGX-3100 (3 injections à 0, 4 et 12 semaines) versus 42 patientes ayant reçu un placebo. Le vaccin VGX-3100 est une immunothérapie ADN composée de deux plasmides de synthèse ciblant les protéines E6 et E7 des virus HPV 16 et 18 impliqués dans ce type de cancers.

Régression des lésions et élimination du virus

La régression histologique des lésions des CIN 2 et 3 vers un CIN 1 ou un retour à la normale à 36 semaines de la 1re injection a été retrouvé chez 48,2 % des femmes ayant reçu VGX-3100 (dont 80 % revenaient à la normale) contre 30 % dans le groupe placebo (dont 50 % revenaient à la normale). L’élimination du virus oncogène de façon concomitante à la régression histologique des lésions à 36 semaines de la 1re injection se retrouvait chez près de 39,5 % des femmes vaccinées contre 15,4 % dans le groupe placebo.

De plus, parmi toutes les femmes (vaccinées ou non) ayant présenté une régression lésionnelle, l’élimination du virus était plus probable chez les vaccinées (environ 80 %) que celles sous placebo (environ 50 %).

Les analyses immunologiques sanguines et des prélèvements cervicaux du sous-groupe de femmes vaccinées ayant une régression lésionnelle concomitante à l’élimination du virus, ont démontré une production maximale de lymphocytes T cytotoxiques (LyT CD8+) anti-HPV 16 et 18 exprimant des perforines (protéines cytolytiques) à la 14e semaine de la 1re injection. Celle-ci était presque 10 fois plus importante que dans le groupe placebo. La production d’anticorps anti-HPV 16 et 18 était également meilleure dans ce sous-groupe. Elle était inchangée dans le groupe placebo. La tolérance du vaccin a été plutôt bonne : seul un érythème au point d’injection a été retrouvé plus fréquemment ( +20 % ).

Une possible alternative à la chirurgie

Ces travaux suggèrent que cette nouvelle approche pourrait, à long terme, représenter une nouvelle approche curative médicamenteuse de première intention, moins invasive, avant de recourir au traitement chirurgical. Cependant, les auteurs notent que « la régression des lésions et l’élimination du virus chez près de 40 % des femmes vaccinées par VGX-3100 restent largement inférieures qu’avec le traitement chirurgical qui permet d’éliminer le tissu dysplasique chez près de 85-90 % des femmes opérées avec des marges de résections saines (en sachant que 50-60 % des femmes ayant des marges de résections positives ne rechuteront pas). » Ce vaccin pourrait également conférer une protection en prévention primaire par l’augmentation de la réponse cellulaire et humorale et en prévention secondaire par la diminution du risque de récurrences. « Le fait que parmi toutes les femmes ayant des lésions régressives, 80 % des femmes vaccinées avec VGX-3100 éliminent le virus est un point crucial, la persistance du virus HPV étant l’élément clé de la récidive », souligne l’équipe du Pr Trimble. Toutefoi,s elle rappelle que la vaccination préventive anti-HPV chez les jeunes filles de 11 à 14 ans reste l’élément central des stratégies de prévention primaire (avec le frottis cervico-vaginal annuel à partir de 25 ans) et qu’un travail en amont doit être entrepris afin d’étendre ce vaccin encore trop peu fréquent.

« The Lancet » 17 septembre
Diane Damon

Source : lequotidiendumedecin.fr