Après la région Grand Est, c'est désormais l'Île-de-France qui pourrait manquer de lits de réanimation pour accueillir tous les patients atteints du coronavirus. Dans une allocution prononcée ce vendredi 27 mars à l'issue d'une visioconférence interministérielle de crise, le premier ministre Édouard Philippe a mis en garde contre « la vague extrêmement élevée » de l'épidémie « qui déferle sur la France (...) est en ce moment en train d'arriver en Île-de-France, dans les Hauts-de-France et dans d'autres régions françaises ». « Il va falloir tenir », a exhorté le locataire de Matignon.
Avec 1 300 personnes en réanimation et au moins 241 EHPAD touchés par l'épidémie sur 600 au total, l'Île-de-France se prépare à une situation d'extrême tension. « La vague est là. Les chiffres sont vertigineux », a déclaré vendredi sur RTL le directeur de l'agence régionale de santé (ARS) Aurélien Rousseau. La région dispose de 1 500 lits de réanimation dédiés au Covid-19 a-t-il précisé, expliquant que « plusieurs centaines de lits complémentaires » allaient être ouverts vendredi « pour tenir encore quelques jours de plus ».
Mais l'Île-de-France nécessite aussi « des médicaments, des consommables, pour la réanimation », alerte le responsable qui indique avoir déjà « mobilisé tous les respirateurs disponibles ». Il en appelle à la mobilisation de tous les personnels soignants, notamment à travers la plateforme www.renfort-covid.fr qui recense déjà 8 600 inscrits en Île-de-France parmi lesquels 2 600 infirmiers, 2 100 aides-soignants et 1 500 médecins.
Solidarité massive
Quelques minutes plus tôt, le Pr Bruno Riou, directeur médical de crise de l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), alertait au micro de France Inter sur la situation du CHU francilien à l'approche de la vague. « On pousse les murs partout pour accueillir le plus possible ces patients en réanimation, mais on n'est pas encore au plateau de la courbe de l'épidémie, il va falloir trouver des solutions », expliquait le PU-PH nommé à ce poste par Martin Hirsch le 19 mars.
Prenant exemple sur les dispositions prises dans le Grand Est, il insiste sur la nécessité de transférer des patients en réanimation vers des régions moins touchées par l'épidémie. « Ça doit être piloté au niveau national, il doit y avoir une définition des priorités. Jusqu'à présent la priorité c'était l'est mais cette priorité va très vite être celle aussi de l'Île-de-France et il faut qu'on commence déjà à envisager ce genre de chose », préconise le Pr Bruno Riou estimant que la priorité pour l'AP-HP est de « retrouver de la disponibilité pour les malades de demain ou d'après-demain ».
Il faut « une opération de solidarité massive et urgente de coopération entre les régions, et même à l’international », a abondé sur BFMTV le président de la Fédération hospitalière de France (FHF) Frédéric Valletoux.
Invité de @JJBourdin_RMC sur @RMCinfo & @BFMTV, j’ai appelé à une opération de solidarité massive et urgente de coopération entre les régions, et même à l’international, pour pouvoir soulager par des transferts de patients la pression qui va peser sur les hôpitaux franciliens pic.twitter.com/1hfMvGASHh
— Frédéric Valletoux (@fredvalletoux) March 27, 2020
Grâce à un don du groupe Dassault, l'AP-HP a indiqué pouvoir accélérer l'achèvement du nouveau bâtiment de réanimation de l'hôpital Henri-Mondor de Créteil. L'ouverture initialement prévue pour septembre 2020 pourra finalement être réalisée partiellement dès le mois d'avril. 55 lits de réanimation et 30 lits de soins critiques, ainsi que 41 lits de soins de suite vont pouvoir y être installés, indique le CHU.
Dans le Grand Est, plusieurs opérations de transfert de patients vers d'autres régions ont déjà été réalisées. Vendredi matin, un A330 médicalisé de l'armée de l'air a quitté la base aérienne militaire d'Istres (Bouches-du-Rhône) vers 10 heures pour rejoindre Mulhouse (Haut-Rhin), en vue de transférer six malades du coronavirus vers Bordeaux, où ils seront pris en charge dans l'après-midi par le CHU, indique l'AFP. C'est la quatrième fois depuis mi-mars qu'une telle opération est réalisée. Jeudi, un TGV médicalisé a transféré une vingtaine de patients vers des hôpitaux moins touchés de la région Pays de la Loire. Une évacuation « inédite en Europe », s'est félicité le ministre de la Santé Olivier Véran.
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