Comment enseigne-t-on la communication au moyen de la simulation en santé ?
Alain Percivalle : Il y a d’abord tout un travail à faire pour déconstruire les préconceptions et les a priori que l’on peut avoir. Le discours qui a été tenu aux médecins, et qui a infiltré toutes les strates de leur formation, c’est que leurs émotions sont dangereuses, qu’il faut les laisser au placard. Nous travaillons donc en pluriprofessionnel, et avec des patients partenaires, sur des techniques de médecine narrative, des récits de vie. Une fois qu’on a fait cela, on peut faire de la simulation.
Quels sont les outils dont vous disposez ?
A. P. Il y a d’abord le référentiel de compétence, qui est assez simple. C’est un peu comme au poker : il suffit de cinq minutes pour apprendre les règles, mais il faut une vie entière pour maîtriser la pratique. En consultation comme au poker, on est traversé en permanence par des émotions, on fait face à des éléments de perturbation, etc. C’est là que la simulation intervient. Nous utilisons notamment des vidéos, en demandant à des étudiants volontaires de s’identifier à certains personnages, et en débriefant à la fin. Nous faisons également de la narration simulée : nous partons d’une expérience vécue par un étudiant et nous demandons à de petits groupes d’en tirer des scénarios qu’ils font jouer à d’autres. Il y a aussi des jeux de rôle avec des scénarios écrits à l’avance, que nous débriefons ensuite.
Comment la question de la distance est-elle traitée lors de ces séances ?
A. P. Je n’utilise jamais le mot « distance ». Je dis « distinct ». Les professionnels ne sont pas là pour être dans une certaine distance avec leurs patients mais pour être à leur service. Le patient est en souffrance, vient voir le soignant, a besoin d’une écoute attentive. Il s’agit donc d’accueillir l’autre, le rencontrer, prendre du temps pour le laisser parler, faire silence, savoir reformuler. L’essentiel est donc de créer la confiance.
Confiance plutôt que distance, donc…
A. P. Oui. Et c’est là que les émotions sont importantes. Le risque pour les médecins consiste à se construire un réservoir émotionnel, dans lequel ils viennent puiser pour mimer celle qu’ils considéreront appropriée. Le médecin doit s’autoriser à avoir des émotions, se faire confiance, pour que la relation avec le patient soit fluide et non distante.
Alain Percivalle, psychologue : « Le médecin doit s’autoriser à avoir des émotions »
Quatre généralistes font vivre à tour de rôle un cabinet éphémère d’un village du Jura dépourvu de médecin
En direct du CMGF 2025
Un généraliste, c’est quoi ? Au CMGF, le nouveau référentiel métier redéfinit les contours de la profession
« Ce que fait le député Garot, c’est du sabotage ! » : la nouvelle présidente de Médecins pour demain à l’offensive
Jusqu’à quatre fois plus d’antibiotiques prescrits quand le patient est demandeur