Inlassable et virulent procureur de l'institution ordinale, le Dr Bernard Coadou, généraliste girondin à la retraite, vient de signer l'« appel du 18 novembre », paraphé par 37 collectifs et organisations, afin de dénoncer les pratiques disciplinaires de l'Ordre des médecins envers les « praticiens prédateurs sexuels ».
« Impunité », « omerta », « amateurisme » : ces 37 organisations dénoncent ce vendredi la « faillite systémique » de l'Ordre face « aux agressions et crimes sexuels » perpétrés par des praticiens et réclament « un complément d'enquête publique » sur ses pratiques disciplinaires.
Médecins, patients, associations
Les signataires dont plusieurs représentants de médecins très critiques vis-à-vis de l'institution ordinale (Syndicat de la médecine générale – SMG –, Syndicat national des jeunes médecins généralistes – SNJMG – ou encore l'Union fédérale des médecins ingénieurs cadres et techniciens), des associations de défense des droits des femmes (#NousToutes, Osez le Féminisme !, Mouvement français du planning familial, etc.) et de patients (coordination nationale des comités de défense des hôpitaux et maternités de proximité) affirment que l'Ordre des médecins « néglige très souvent la parole des vitimes » et laisse au contraire de « nombreux agresseurs impunis ».
« Cette couverture de praticiens prédateurs sexuels par l'Ordre a été mis en exergue dans le rapport de la Cour des comptes en 2019 », rappellent-ils. Les magistrats avaient critiqué sévèrement l'exercice du pouvoir disciplinaire de l'Ordre des médecins lorsque des plaintes sont déposées par les patients pour des agressions sexuelles. « L'analyse d'une cinquantaine de décisions rendues entre 2016 et 2017 révèle l'existence d'irrégularités de procédure (...) ou un manque de diligence dans le traitement des dossiers », avaient ajouté les Sages.
À l’époque, le conseil national de l'Ordre des médecins (CNOM) s'était élevé contre la « grave insinuation » de la Cour des comptes selon laquelle il manifesterait une mauvaise volonté à donner des suites disciplinaires aux plaintes reçues. « La Cour a été mal inspirée dans son analyse, avait déclaré au « Quotidien » le Dr Patrick Bouet, président de l'Ordre. Depuis que nous sommes responsables, nous avons mené de façon résolue une action plus pugnace, à la fois dans l'information professionnelle et dans les décisions prises. Nous poursuivons les médecins et nous informons les victimes. »
Négliger les paroles des victimes
Selon le Dr Couadou pourtant, « l'institution ordinale a été plus dans une culture du viol que dans la protection des victimes ». À travers leur appel, les signataires réclament « la mise en place d'une commission d'enquête indépendante à l'image de ce qui a été fait pour les abus sexuels dans l'Église ». « Nous voulons que cette commission fasse un état des lieux de l'ampleur de ces agressions et propose des solutions », répond ce vendredi « au Quotidien » le généraliste retraité.
Dans ce contexte, les signataires demandent que « l’ensemble des plaintes à caractère sexuel relatives à des pratiques de médecins ou autres professionnels de santé soient automatiquement transmises aux procureurs ». Ils souhaitent que « les victimes saisissent de façon préférentielle la justice commune, républicaine » et non l'Ordre des médecins, accusé d'« amateurisme » et de favoriser l'« omerta confraternelle ».
Enquêtes
Les signataires disent travailler sur une « trentaine de dossiers », en lien avec plusieurs associations. Ils évoquent à nouveau l'affaire de l'ex-chirurgien Joël Le Scouarnec et celle du Dr André Hazout. L'ex-gynécologue, reconnu coupable de viols et agressions sexuelles, avait été condamné en 2014 à huit ans de prison. À l’époque, les victimes avaient reproché à l'Ordre départemental d'avoir protégé le praticien durant 20 ans.
Une récente enquête pour « viols » visant Émile Daraï, spécialiste de l'endométriose et chef du service gynécologie à l'hôpital Tenon à Paris, a remis ces dernières semaines un coup de projecteur sur les violences gynécologiques et obstétricales.
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