C’est fait. J’ai pris 3 heures (gratuitement) pour sélectionner 10 patients éligibles par ordre alphabétix (on est gaulois quand même). J’ai passé une soixantaine d’appels, puis recensé 3-4 « volontaires » supplémentaires en cas de désistement (une seule annulation finalement, pour syndrome infectieux), expliqué que le vaccin d’AstraZeneca était, aux dires de nos spécialistes, un bon, voire très bon vaccin, essuyé des dizaines de « je préfère attendre », « mes enfants m’ont dit qu’on ne sait pas encore s’il y aura des effets secondaires dans quelques mois ou années », « il paraît qu’il y a eu des morts avec ce vaccin ». Ce qui donne 10 vaccinés en 2 jours (le vaccin se conserve 48 heures au réfrigérateur). Et pour l’instant, personne n’a vandalisé ma devanture de cabinet ni ma voiture.
Ayant consacré 3 heures à cette vaccination, ma consultation de lundi matin est déjà complète avec ce supplément de travail, car certains en ont profité pour me demander leur ordonnance habituelle, ou encore un dossier MDPH (à 25 euros + peut-être 5,40 euros...). Quand je pense qu’un pharmacien touche 34 euros pour un test Covid... ! C’est beau l’empathie et le dévouement ! Quand j’entends des personnes se plaindre que leur médecin ne les examine pas, ne prend pas la TA, expédie la consultation en 5 minutes ! À chacun sa façon d’exercer la médecine... ou de truander la Sécu.
Je vais probablement passer quelques heures ce week-end à essayer de convaincre 10 nouveaux volontaires éligibles pour la semaine prochaine. Eh oui, je n’ai pas d’assistant, ni d’infirmière Asalée, ni d’IPA…
Médecin de famille, c’est un très beau métier, dont je suis fier. Honte à tous ces ministres de la Santé, Premiers ministres et présidents de la République imprévoyants (pour ne pas dire incapables) depuis 20-30 ans, d’avoir à ce point bafoué la médecine générale et la médecine libérale. La France, sixième puissance économique mondiale, n’a même plus les moyens de soigner correctement et de garantir la santé, la sécurité de ses citoyens... sinon grâce au dévouement de tous les soignants, en nombre insuffisant et qui se battent avec le peu de moyens qu’on veut bien leur octroyer.
Dr Pierre D
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