L'Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) s'est engagée à revoir la sanction visant une infirmière qui avait refusé d'ôter son calot chirurgical en dehors du bloc opératoire, après que le tribunal de Paris a suspendu mardi 6 janvier 2026 la révocation de cette soignante en la jugeant « disproportionnée ». Le CHU francilien a indiqué ainsi prendre « acte de la décision du tribunal administratif de Paris qui confirme la faute de l’agent et adaptera sa décision de sanction pour garantir sa proportionnalité par rapport à la faute constatée ».
Dans l'attente d'un examen sur le fond, le juge des référés a suspendu la révocation de l'infirmière et a enjoint l'AP-HP de « réintégrer, à titre provisoire » cette agente, qui avait saisi le tribunal administratif pour contester la sanction.
Un port qui relèverait de la « vie privée »
Infirmière depuis 2018 à la Pitié-Salpêtrière, Majdouline B. a été licenciée le 10 novembre 2025. La direction lui reprochait de porter quotidiennement dans les zones où il n’est pas considéré comme nécessaire (au bloc et en réanimation) un calot en tissu. Selon son avocat, Me Lionel Crusoe, l'infirmière n'a jamais revendiqué d'appartenance religieuse, indiquant simplement que le port de cet équipement relevait de « sa vie privée ».
L'AP-HP retient que le juge des référés « a bien considéré que le refus réitéré d’exécuter un ordre de sa hiérarchie constituait une faute […] de nature à justifier une sanction disciplinaire, mais a considéré que cette sanction était disproportionnée ».
Le CHU francilien souligne être « constant dans la politique qu’il applique pour faire respecter les principes de la laïcité dans les services publics hospitaliers » et « veille ainsi à ne pas accepter l’usage réitéré de couvre-chefs portés par des membres du personnel, lorsque cet usage n’est pas rendu nécessaire par la nature et le lieu de l’exercice ». « Si la personne refuse systématiquement et de manière réitérée d’ôter le couvre-chef, l'AP-HP est tenue de faire respecter le droit et les principes de la laïcité. C'est sur ce fondement que sera donc renouvelée et adaptée la décision à l’encontre de Mme B. », précise l'institution.
Laïcité et discrimination : une difficile navigation
Récurrente, la question de la laïcité à l’hôpital public renvoie à la problématique de l’application de la loi dans les services et au risque de discrimination que cela induit. Sur l’affaire de Majdouline B., la position de Sud Santé illustre cette ligne de crête. Le syndicat des personnels de l’AP-HP a exprimé « son soutien à [sa] collègue dans la difficile épreuve qu’elle traverse ». « Sans valider l’entorse aux règles de la fonction publique, a rappelé l’organisation le 24 décembre, nous considérons que le traitement médiatique et disciplinaire de cette affaire est violent. Nous appelons à l’apaisement et au dialogue, à une application humaine et humaniste des principes de notre institution. » Pour autant, Sud Santé, syndicat « antiraciste » qui « combat toutes formes de discriminations », insiste : « La laïcité est un principe républicain fondateur et non négociable. Et parce qu’il est républicain et laïc, notre syndicat défend et respecte les libertés individuelles fondamentales et indispensables à la démocratie et au vivre ensemble. »
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