Épilepsie : gare au stress !

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Publié le 27/05/2022
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Dans plus de moitié des cas, l'épilepsie est associée à des comorbidités psychiatriques, telles que les troubles anxieux (34,4 %), dysphoriques (22 %), ou la dépression (16 %). Mais le stress est le facteur déclenchant le plus rapporté par les patients en cas d'épilepsie pharmaco-résistante. Il peut avoir un réel effet sur la fréquence des crises…
Les techniques psychocorporelles, comme le yoga, ont leur place dans les états anxieux pré-ictaux

Les techniques psychocorporelles, comme le yoga, ont leur place dans les états anxieux pré-ictaux
Crédit photo : Phanie

Il existe des troubles en relation directe avec les crises d'épilepsie (péri-ictaux), ceux n’ayant aucun lien (inter-ictaux) et ceux d’origine iatrogénique. La peur de la crise est une anxiété anticipatoire répandue, avec des évitements majeurs qui affectent la qualité de vie. Un nouvel outil (brEASI) permet de repérer ces troubles anxieux spécifiques en deux minutes. Les questions clés à poser au patient concernent la crainte quotidienne de la crise, les activités ou lieux évités par peur de son déclenchement, l’appréhension du risque, les sensations de mal-être et d'angoisse.

Des troubles anxieux mal traités

« Moins d'un tiers des patients souffrant à la fois d'épilepsie et de troubles anxieux reçoivent un traitement adapté, relève la Dr Coraline Hingray (Nancy). Pourtant, traiter efficacement l'épilepsie règle bon nombre de troubles anxieux péri-ictaux. Il faut aussi être vigilant et informer les patients sur les possibles effets psychotropes des antiépileptiques, ainsi que contrôler leur survenue. Enfin, il convient d’expliquer aux patients ce qui est faisable, ou non, pour éviter de se faire de fausses idées (telle que la crainte de ne plus jamais pouvoir rester seul) ».

Parmi les traitements possibles, la psycho-éducation consiste à informer sur l'intrication entre épilepsie et troubles psychiques. Elle aide à prendre conscience des comportements restrictifs que les patients s'imposent, à faire face aux situations anxiogènes en s'y exposant au moins sept fois pour éteindre l'anxiété. Le « self help » permet d'augmenter le contrôle sur les crises grâce au cercle vertueux qui consiste à comprendre, traiter et agir sur les biais de pensées et son bien-être. Les psychothérapies ont aussi leur place : thérapies comportementales et cognitives (TCC) en cas d'anxiété, EMDR ou TCC avec exposition au scénario traumatique pour les troubles du stress post-traumatique (TSPT), techniques psychocorporelles pour les états anxieux pré-ictaux (yoga, méditation pleine conscience, sport). « Il faut enfin optimiser le traitement antiépileptique en arrêtant les molécules anxiogènes et en introduisant des anxiolytiques. Il est possible de prescrire un traitement spécifique de l'anxiolyse : la plupart des inhibiteurs de la recapture de la sérotonine (IRS) et des IRS-noradrénaline (IRSNA) n'abaissent pas le seuil épileptogène », souligne la Dr Hingray.

Les traumatismes en cause

« Les patients épileptiques rapportent significativement plus d’antécédents d'abus sexuels et physiques dans l'enfance que les sujets des groupes témoins. En cas de comorbidité psychiatrique associée, ils auraient significativement plus de traumatismes, précise Lisa Dounia Soncin (doctorante en psychologie). Une relation temporelle serait possible entre l’exposition à un évènement traumatique et le développement d'une épilepsie. En effet, la prévalence des symptômes de TSPT est plus élevée chez les patients avec une épilepsie réfractaire aux médicaments. Il semble donc important de questionner les patients sur les aspects traumatogènes de leurs crises ».

La crise peut elle-même être vécue comme traumatisante et engendrer un TSPT, dont les symptômes semblent ainsi associés. « Les épileptiques ayant un TSPT seraient caractérisés par un surengagement des ressources attentionnelles et exécutives, ainsi qu’une faiblesse d'inhibition associée à une hypervigilance. Ils doivent allouer plus de capacités attentionnelles pour tenter de contrôler leurs crises », précise Lisa Dounia Soncin.

Dr Nathalie Szapiro

Source : Le Quotidien du médecin