Initialement développée par la psychologue américaine Francine Shapiro pour le traitement du trouble de stress post-traumatique (TSPT) chez l’adulte, l’EMDR (pour Eye Movement Desensitization and Reprocessing) est de plus en plus utilisée en pédopsychiatrie. « L’objectif de l’EMDR est de permettre aux jeunes patients de traverser une épreuve vécue, de les désensibiliser pour aboutir à une vision différente de l’évènement », décrit le Dr Léonard Amétépé, psychiatre à Toulouse et président de l’association EMDR France, qui regroupe 1 800 professionnels formés à la pratique.
L’EMDR repose sur la stimulation bilatérale alternée (mouvements oculaires, sons ou tapotements) associée à une restructuration cognitive et émotionnelle des souvenirs traumatiques. Cette approche sensorielle et peu verbale en fait une thérapeutique intéressante pour les enfants et les adolescents. Codifiée par un protocole en huit phases, cette pratique a aujourd’hui « une efficacité prouvée sur les troubles anxieux et dépressifs, pas seulement sur le TSPT », souligne le Dr Amétépé.
L’âge au moment de l’évènement traumatique, le nombre d’expositions et l’impact sur l’entourage familial modulent profondément l’expression des symptômes
Chez les enfants et les adolescents, « l’approche est plus complexe » que chez l’adulte, souligne Michel Silvestre, psychologue et membre d’EMDR France. « Ce n’est pas du tout la même clinique que chez l’adulte », ajoute la Dr Anaelle Klein, pédopsychiatre à Paris, formée à l’EMDR. La perspective développementale est centrale : l’âge au moment de l’évènement traumatique, le nombre d’expositions et l’impact sur l’entourage familial modulent profondément l’expression des symptômes. Tout évènement traumatogène ne devient pas un psychotrauma. « La question est d’abord celle de la symptomatologie clinique », rappelle la Dr Klein. En l’absence de symptômes (cauchemars, troubles du comportement…) ou de demande, proposer une thérapie de désensibilisation des souvenirs traumatiques par la thérapie EMDR peut s’avérer intrusif et contre-productif.
L’indispensable implication des figures d’attachement
La principale différence avec la prise en charge de l’adulte réside dans « l’implication obligatoire des figures d’attachement », insiste Michel Silvestre. « La présence de la personne qui s’occupe de l’enfant, le “caregiver”, est indispensable », abonde la Dr Klein. L’évaluation doit donc porter sur l’enfant, mais aussi ses parents ou tuteurs, dont le propre vécu traumatique peut influencer la stabilité de l’enfant. « Il faut d’abord stabiliser l’entourage avant de stabiliser l’enfant », surtout s’ils ont eux-mêmes été exposés aux évènements traumatiques ou traumatogènes, poursuit-elle.
Les séances familiales, systématiques en début de prise en charge, permettent d’installer une alliance thérapeutique solide. Pour le Pr Emmanuel Contamin, pédopsychiatre à Lyon et membre d’EMDR France, les parents sont de véritables « co-thérapeutes ». Pour la phase spécifique de désensibilisation du protocole, « il est nécessaire de s’assurer que c’est le bon moment, que la situation est suffisamment stable », précise la Dr Klein. La présence des parents pendant les séances peut être rassurante, surtout pour les moins de 3 ans, tandis que les adolescents peuvent préférer être seuls.
Chez les enfants et les adolescents, le protocole EMDR peut être adapté et utiliser des dessins, des histoires narratives ou d’autres techniques de désensibilisation que le mouvement des yeux, en particulier le tapping (stimulation bilatérale par tapotements sur les genoux, par exemple). « On peut apaiser l’enfant sans connaître exactement ce qui s’est passé », souligne Michel Silvestre. « Plus on descend en âge, plus on est souple par rapport au protocole », note la Dr Klein. L’important est de restaurer un sentiment de contrôle et de sécurité, souvent perdu lors du traumatisme. « Le contrôle est au niveau du patient : il peut s’arrêter à tout moment », un principe clé pour redonner à l’enfant ou l’adolescent une maîtrise sur son vécu, ajoute-t-elle.
Une formation reconnue et une expérience clinique solide sont indispensables pour adapter les protocoles à la réalité développementale et familiale de chaque enfant
Les séances de désensibilisation par l’EMDR chez l’enfant et l’adolescent sont plus courtes que chez l’adulte, avec des séries de stimulation bilatérale plus brèves. « Les réseaux de mémoire sont plus courts, les fils associatifs vont beaucoup plus vite », observe la Dr Klein. Mais cela ne signifie pas que le processus soit plus rapide : chaque enfant évolue à son rythme. Le nombre de séances peut être variable, de quelques-unes à des consultations hebdomadaires ou bimensuelles inscrites dans la durée (au-delà d’un an pour les cas les plus complexes). La durée des consultations (de quarante-cinq minutes à une heure) permet d’ouvrir et de refermer la séance en douceur, un temps indispensable pour éviter de laisser l’enfant dans un état de vulnérabilité.
Le recours à la technique du tapping, qui est privilégiée chez les plus jeunes, doit être expliquée aux parents et adaptée à l’âge. « Il faut obtenir le consentement de l’enfant », rappelle la Dr Klein. L’objectif est toujours de maintenir un pied dans le passé et un pied dans le présent, en s’assurant que l’enfant reparte stabilisé.
Une option parmi d’autres
L’EMDR n’est pas la seule option. Pour certaines phobies ou pour les troubles anxieux, les thérapies cognitivo-comportementales (TCC) peuvent être privilégiées, selon l’impact fonctionnel. « Il faut être intégratif et avoir une vision globale », recommande la Dr Klein. Les traitements médicamenteux, notamment pour la dépression, restent exceptionnels chez l’enfant et toujours complémentaires à une psychothérapie.
La formation des praticiens est aussi cruciale. « Pratiquer l’EMDR sans être qualifié peut entraîner des dégâts », alerte la Dr Klein. Une formation reconnue et une expérience clinique solide sont indispensables pour adapter les protocoles à la réalité développementale et familiale de chaque enfant, insiste-t-elle.
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