Alors qu’une part importante de sujets âgés ne sont pas (ou plus) traités contre l’ostéoporose, il existe de nombreux arguments en faveur de la poursuite d’un traitement anti-ostéoporotique chez les plus de 75 ans, a défendu la Dr Sabine Drevet (CHU de Grenoble) lors de la 39e Journée scientifique du GRIO.
Une réduction de 89 % du risque de nouvelle fracture
Toutes les grandes études cliniques menées avec l’acide zolédronique, le denosumab et le tériparatide ont montré une réduction du risque de toutes les fractures dès la première année post-fracture. Et plus la durée de traitement est longue et plus le risque diminue.
Ces données ont été récemment confirmées par une récente étude de cohorte chinoise, en vraie vie (Li X. et al Osteoporos Int, 2025) sur près de 2000 patients âgés de plus de 65 ans (78 ans en moyenne) ayant subi une intervention chirurgicale pour fracture de la hanche. Le groupe traité pour l’ostéoporose présentait un taux de survenue de nouvelle fracture significativement plus faible que dans le groupe non traité et une survie médiane sans nouvelle fracture plus longue (41 vs 27 mois). Le traitement était associé à une réduction de 89 % du risque de nouvelle fracture. Quant à l’éventuel problème de tolérance avec les médicaments anti-ostéoporotiques chez les sujets âgés, « dans les études, elle est comparable à celle de sujets plus jeunes. Les effets indésirables classiques sont comparables au placebo », rassure la Dr Sabine Drevet même s’il faut « être vigilant concernant les comorbidités, la polymédication et la fonction rénale ».
Les personnes âgées « sont donc vraiment la population cible pour le traitement, poursuit la spécialiste, car l’incidence des fractures augmente avec l’âge. Et un tiers des personnes âgées de plus de 65 ans et la moitié de celles âgées de plus de 85 ans chute au moins une fois par an à domicile ».
Les fractures liées à l'ostéoporose constituent un problème de santé majeur associé à une mortalité élevée, à des incapacités et à un risque de refracture imminent dans l’année qui suit. Or leur nombre devrait augmenter considérablement au cours des prochaines décennies en raison de la hausse du nombre de personnes âgées présentant un risque élevé de chutes et de fractures.
Une étude internationale a estimé qu’en France, le taux de fracture de l’extrémité supérieure du fémur (FESP) va passer de 98 000/an en 2018 à 120 000/an en 2050 (Sing et al. 2023).
Un fossé entre besoin populationnel et prescriptions
Malgré les progrès réalisés dans le diagnostic et le traitement de l'ostéoporose, trop peu de patients reçoivent un traitement approprié, même après une fracture. La crise que connaît le traitement de l'ostéoporose est liée à plusieurs facteurs, notamment aux craintes et aux croyances des patients et des médecins concernant les effets indésirables des traitements (Roux C, Briot K 2020).
« Par ailleurs, non seulement les personnes âgées ne sont pas traitées (sous-utilisation de vitamine D, calcium, anti-ostéoporotiques…) mais en plus, elles reçoivent très souvent des médicaments potentiellement inappropriés (inhibiteurs de la pompe à protons, antidépresseurs IRS …) qui pourraient induire un surrisque d’ostéoporose » souligne la Dr Sabine Drevet.
Les prescriptions médicamenteuses inappropriées concerneraient 40 % des sujets âgés. À ce sujet, la liste STOPP/START est un outil d’aide à la révision d’ordonnance chez les personnes âgées très utile (O’Mahony D. 2023).
Intervenir pour prévenir la dépendance
L’avancée en âge ne signifie pas dépendance. Le vieillissement est hétérogène.
À 85 ans, la moitié des patients sont considérés comme robustes (autonomes, sans comorbidité majeure), 30 % sont fragiles (à risque de décompensation) et 20 % sont polypathologiques dépendants.
Il ne faut pas confondre fragilité et dépendance. Le déclin fonctionnel est progressif chez les personnes âgées et la fragilité devient cause de dépendance en l’absence d’intervention (Taylor et al 2023). La dépendance n’est pas liée à l’âge, mais aux comorbidités.
Avant de prescrire, il convient de bien hiérarchiser les comorbidités et de surveiller l’insuffisance rénale qui ne concernerait que 20 % des patients.
Le calcul de la clairance de la créatinine (ClCr) est ainsi essentiel avant d'instaurer un traitement par bisphosphonates chez les personnes âgées. Bien que l'évolution de la fonction rénale à long terme soit stable, le risque d'événements indésirables aigus est accru chez les patients dont la ClCr est inférieure à 35 mL/min (Tweekittikul 2025).
L’espérance de vie sans incapacité est un critère également très important à prendre en compte. À 65 ans, chez une femme, elle est égale à 12 ans et chez un homme, elle est de 10,5 ans. Il faut donc prévenir l’acquisition ou l’aggravation de la dépendance.
En conclusion, il est possible de traiter les personnes âgées robustes, celles considérées comme fragiles, mais aussi les sujets polypathologiques dépendants ayant une espérance de vie supérieure à un an, les centenaires… La prise en charge doit bien sûr, être globale : prévention et bilan de chute, activité physique en résistance, nutrition…
« Il faut saisir toutes les opportunités et vite » a conclu la Dr Drevet.
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