L’ancienne aide-soignante Dominique Cottrez, 51 ans, accusée d’avoir tué huit de ses nouveau-nés entre 1989 et 2000 (le plus important cas d’infanticide en France), a été condamnée ce 2 juillet à neuf ans de prison par la cour d’assises du Nord, à Douai. Une peine inférieure de moitié aux réquisitions du ministère public qui demandait 18 ans de réclusion.
Les neuf jurés, après cinq heures de délibéré, n’ont pas retenu la préméditation pour le premier infanticide, mais ont souligné un « dessein arrêté » pour les suivants, marqués par de la « détermination, de l’organisation et du sang-froid », selon l’avocate générale Annelise Cau. Les jurés ont également reconnu l’existence d’une altération du discernement de Dominique Cottrez.
Mensonge de l’inceste
Ce procès de six jours a connu un tournant, lundi dernier, lorsque l’accusée a reconnu avoir menti sur les relations incestueuses qu’elle disait entretenir avec son père. « L’explication d’inceste nous rassurait, mais nous endormait aussi », a reconnu l’avocat général Éric Vaillant lors des réquisitions.
« On n’a pas besoin d’inceste pour comprendre », avait tenté de raisonner le psychiatre Roland Coutanceau le lendemain de cette révélation. Il avait incité les jurés à s’intéresser plutôt à « la pudeur au cube » de Dominique Cottrez (1,55 m pour 160 kg), qui l’avait éloigné du corps médical, après qu’une sage-femme, lors de son premier accouchement, lui a fait des remarques humiliantes. Le psychiatre avait évoqué une « souffrance emmurée », des grossesses vécues « comme une boule qui grossit, mais qui n’a pas de sens ». « Ce n’est pas parce qu’il y a sérialité que c’est plus grave », avait-il ajouté.
L’avocat général n’a pas requis la peine maximale, la réclusion criminelle à perpétuité. Il a demandé aux jurés de tenir compte de la personnalité de l’accusée, son « hyper-fragilité et son hyper-névrose », ses conditions de vie, ses troubles psychiques. Sans pour autant l’excuser.
Mystère
Ce jeudi matin, les avocats de la défense ont mis en avant la « détresse » d’une femme dominée par des troubles névrotiques. « Si cette femme prenait du plaisir, on n’aurait pas retrouvé les corps. Elle les conserve dans ce mécanisme du psychisme qui est complètement prisonnier. Elle se lève la nuit en hiver pour aller couvrir les corps d’une couverture », a dit Me Frank Berton.
« Jugez-la selon sa pathologie, selon ce qu’elle est ! » a plaidé Me Marie-Hélène Carlier, rappelant que dans d’autres pays comme en Finlande, en Suisse ou au Royaume-Uni, les peines pour les femmes commettant des néo-naticides après un déni de grossesse se réduisaient parfois à de la prison avec sursis.
« Je comprendrais d’être condamné. On n’a jamais plaidé l’innocence, on a plaidé une détresse. Vous croyez qu’elle présente un danger, quand on vous demande de la juger pour ce qui s’est passé il y a un quart de siècle ? » a repris Me Berton, rappelant que Dominique Cottrez n’avait que 26 ans lors du premier infanticide.
Sur l’enchaînement, « les experts sont venus nous dire qu’il n’y a rien de diabolique, c’est mécanique. Vous devez l’entendre », a appuyé l’avocat.
À l’énoncé du verdict, Dominique Cottrez, visiblement soulagée, a été longuement enlacée par son mari et ses deux filles. Elle avait confié, à la fin des débats : « Je me sens coupable et donc, c’est normal s’il faut que je retourne en prison. Il n’y a que ça qui fera qu’on pourra peut-être me pardonner ».
Reste en suspens la question de qui a enterré les deux premiers corps dans le jardin de la maison des parents de l’accusée. Leur découverte, le 24 juillet 2010 par le nouveau propriétaire de l’habitation à Villers-au-Tertre, avait lancé l’affaire. Les six autres cadavres avaient été retrouvés dans le garage de Dominique Cottrez.
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