Cas clinique

La miliaire rouge

Publié le 03/10/2025
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La miliaire rouge est due à une obstruction des glandes sudorales de l’épiderme. Cette ­pathologie, qui se caractérise par des papulovésicules ou ­papulopustules, s’observe le plus souvent chez de très jeunes enfants exposés à de fortes chaleurs. Elle régresse généralement en une quinzaine de jours, avec des mesures permettant de rafraîchir l’atmosphère et la peau du patient.

formations vésiculeuses au niveau du pli du coude

Formations vésiculeuses au niveau du pli du coude
Crédit photo : Dr Frances

Nous voyons en consultation le jeune François, âgé de 3 mois, que ses parents nous amènent car il présente depuis 24 heures des formations papulo-vésiculeuses au niveau des plis du coude.

La famille est en vacances et vient de s’installer en camping, dans une tente. La mère se plaint des fortes températures qui perturbent le sommeil de François. Elle se demande par ailleurs si les manifestations cutanées de son fils ne sont pas également en lien avec la chaleur.

À juste titre, car les lésions observées correspondent à une miliaire rouge.

INTRODUCTION

Les miliaires sont des pathologies cutanées secondaires à l’obstruction des canaux eccrines avec rétention sudorale secondaire.

Classiquement, trois formes sont observées selon le niveau d'obstruction : la miliaire cristalline (encore nommée « sudamina »), la miliaire rouge (également appelée miliaire rubra, « prickly heat », ou « bourbouille »), et la miliaire profonde.

Ces miliaires peuvent survenir à tout âge mais certaines personnes sont plus à risque. Les nourrissons et les nouveau-nés sont particulièrement exposés car leurs glandes sudo­ripares ne sont pas très développées.

La miliaire survient le plus souvent chez des sujets évoluant dans un environnement chaud (température > 30 °C) et humide, favorisée par le port de vêtements trop chauds. L’utilisation de poudres, émollients ou crèmes trop grasses peut aussi favoriser l'apparition de lésions miliaires en obstruant les pores.

CARACTÉRISTIQUES CLINIQUES

La miliaire cristalline se caractérise par des lésions vésiculeuses (vésicules à contenu clair, et très fragiles) secondaires à une obstruction superficielle mais très transitoire des glandes sudoripares.

Elle n’est classiquement pas prurigineuse, et disparaît au bout de quelques heures.

La miliaire rouge est généralement observée au niveau du front, du thorax, ou comme chez François au niveau des plis. On peut également rencontrer des lésions en dessous de bandages compressifs.

Cette forme de miliaire, responsable d’une réaction inflammatoire importante, est due à une obstruction des canaux sudoripares au niveau de l’épiderme moyen (corps muqueux de Malpighi), entraînant une rétention de sueur dans l’épiderme, mais aussi au niveau du derme.

On objective cliniquement des papulo­vésicules ou des papulopustules érythémateuses sur un fond érythémateux. Ces formations sont fréquemment prurigineuses.

Cette forme de miliaire disparaît classiquement en 2 à 3 semaines, avec apparition d’une desquamation secondaire et d’une hypohidrose transitoire.

La miliaire profonde est considérée par de nombreux auteurs comme une variante plus inflammatoire de la miliaire rouge, avec une localisation superposable à cette dernière.

Dans ce cas de figure, on objective cliniquement des pustules de couleur blanche, disposées sur une base érythémateuse.

PRISE EN CHARGE

La prise en charge est avant tout préventive.

Certains conseils peuvent être prodigués aux parents :

- Garder la peau de l’enfant sèche et favoriser un changement de couches très régulier
- Éviter de trop chauffer les lieux de vie du nourrisson (intérêt de la climatisation) et ne pas l’habiller trop chaudement
- Proscrire le recours aux poudres ou émollients (obstruction des glandes sudoripares)

Par ailleurs, le prurit peut générer des surinfections cutanées qui nécessitent dans ce cas l’utilisation de topiques antibiotiques (mupirocine de préférence).

Enfin, il est important de rassurer les parents et de bien leur expliquer que cette affection est bénigne et régresse spontanément.

Bibliographie

1. Cohen BA. Dermatologie pédiatrique. Ed MED’COM 2007.
2. Mancini AJ, Krowchuk DP. Dermatologie de l’enfant. Ed Elsevier Masson 2016.
3. Goyal T, Varshney A, Bakshi SK. Incidence of Vesicobullous and Erosive Disorders of Neonates: Where and How Much to Worry ? Indian Journal of Pediatry 2021 ; 88 (6) : 574-578.

Dr Pierre Francès (médecin généraliste à Banyuls-sur-Mer), Amal Jamai (externe à Clermont-Ferrand) et Ulysse Comte (interne en médecine générale, HIA Percy)

Source : Le Quotidien du Médecin