Peut-on accepter la publicité chez les médecins ? La réponse est non seulement on peut, mais on doit !
D’abord, d'un point de vue juridique : il n'y a plus aucun débat, et le droit a été dit et par deux juridictions suprêmes différentes. Plus personne ne peut interdire la publicité.
Mais aussi d'un point de vue purement sociétal. La publicité des médecins obéit à une naturelle évolution des mentalités, et vise à s'adapter aux attentes et requêtes d'une patientèle qui n'est plus la même qu'il y a, ne serait-ce que 10 ans.
A Rome, où j'ai un cabinet, et où j'ai vécu pendant 5 ans, il est fréquent de rencontrer des publicités dans le métro pour un cabinet médical, tandis qu'internet a littéralement révolutionné la communication des professions du soin. Le président d'un important syndicat de médecins italiens a résumé d'une phrase cette révolution : il y a 10 ans, une femme qui cherchait un gynécologue demandait à sa voisine, à ses collègues, aujourd'hui elle demande à Google ou à Facebook !
Médecine sans frontières
Est-il meilleur exemple de l'évolution des attentes des patients, que les publicités numériques nombreuses émanant de praticiens étrangers et à destination de la clientèle française ? Certains pays frontaliers se sont dotés de véritables armées médicales à la compétence fine et au moins égale voire supérieure à celle des médecins français, et pour le faire savoir, font appel à des agences marketing spécialisées dans le numérique, qui profitent allègrement du vide laissé par la déontologie française, pour atteindre les patients nationaux.
Et pendant ce temps, les médecins français, eux, se faisaient poursuivre par les Ordres professionnels pour avoir mis une plaque trop grande ou encore osé sponsoriser de la publicité sur Google. Ce dont personne ne voulait se rendre compte était qu’en ne permettant pas aux praticiens français de faire de la publicité, on les empêchait de pouvoir lutter à armes égales avec leurs confrères transfrontaliers.
Se faire opérer en Belgique quand on habite à Lille, se faire soigner à Vintimille quand on habite à Nice, ou en Suisse quand on habite à Annecy ne relève pas de l’exception, mais est même devenu la norme dans certains milieux attirés soit par les prix, soit par l’excellence des prestations offertes. Et pendant ce temps, les syndicats de médecins français en étaient à débattre de la valeur du CS ! Tout un symbole.
Un égalitarisme hypocrite
La France cultive par ailleurs un parfait égalitarisme hypocrite au nom duquel tous les médecins se valent, tous les hôpitaux seraient égaux, alors que rien n’est plus faux !
J’ai le droit en tant que patient de privilégier un praticien qui a 10.000 interventions à son actif plutôt que 2.000, comme j’ai le droit, grâce au journal Le Point de me faire opérer à Nice plutôt qu’à Paris en fonction du classement de l’hôpital. J’ai le droit en tant que patient d’être rassuré par un médecin qui me propose une stratégie thérapeutique claire dont son site internet est le témoin. Car la publicité est toujours au service du patient, en l’aidant à faire un choix libre et éclairé.
Dire qu’il faut accepter la publicité chez les médecins ne saurait vouloir dire autre chose qu’il ne faut pas l’interdire, et personne n’empêche les pouvoirs publics de réglementer celle-ci, tenant compte de la spécificité des prestations de santé. Cette réglementation constitue précisément le point d’équilibre entre une interdiction générale et absolue et une permissivité dangereuse.
C’est elle que les Ordres et les pouvoirs publics ont invitée à mettre en œuvre et on peine à entendre que rien n’ait été encore proposé à ce sujet et qu’au contraire ait émergé de la part de certains conseils départementaux une forme de résistance, en invitant fermement des praticiens à ne faire aucune publicité quelle qu’elle soit, sous peine d’être poursuivis.
C’est non seulement juridiquement faux mais c’est surtout professionnellement suicidaire, et il faut vraiment être aveugle pour ne pas voir que si les médecins français ne sont pas capables, dans certaines spécialités, de faire valoir leur différence, ils mourront à petit feu : c’est une question de temps, rien d’autre.
Soit les Ordres professionnels comprennent que les attentes des patients ont changé et permettent aux médecins de s’adapter, soit ceux qui le peuvent partiront.
Et ceux qui pensent que le conventionnement retiendra les médecins n’ont rien compris et il suffit d’aller faire un tour à Rome pour voir le nombre de praticiens hexagonaux au mètre carré….
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Pour un desserrement raisonné de la communication auprès du public
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