« Main-tenir » la relation, c’est « tenir la main » de l’autre, être au chevet du patient, qu’il soit malade ou soignant, être au cœur de ce que l’on appelle la « clinique », notamment pour les médecins, psychologues et accompagnants.
Dans le contexte actuel, les besoins d’écoute, de réassurance et de soutien sont énormes pour l’ensemble des acteurs des métiers du soin, ainsi que pour les patients, leurs familles et leurs proches. Il est urgent de ne plus attendre pour retisser à grande échelle les liens entre toutes ces personnes en souffrance, ou en empathie avec la souffrance des autres. C’est bien sûr le cas dans les Ehpad, dans tous les services hospitaliers, et notamment en psychiatrie de façon très aiguë, mais aussi chez les étudiants, dont le sentiment d’isolement est très fort. Les médecins généralistes sont particulièrement sollicités et mobilisés dans cette pandémie et ont besoin, eux aussi, de trouver des relais et de se coordonner avec les autres acteurs du soin.
Agir de concert pour soulager les souffrances du corps, de l’esprit et de l’âme est une priorité absolue pour faire face et société ensemble. Les actes techniques et soins médicamenteux apportés aux patients sont évidemment cruciaux, mais pas suffisants pour gommer les souffrances psychologiques accumulées par tous. Au-delà de la dignité de chaque être humain, qui doit être pleinement prise en compte, il est indispensable, dans notre société émiettée où coexistent des « archipels » de tribus à la dérive — pour faire référence à L’Archipel français, ouvrage du politologue Jérôme Fourquet —, et un individualisme forcené, de développer une approche globale et intégrative, physique et psychologique des soins prodigués aux personnes, quel que soit leur statut.
Cette dimension pleine et entière de la relation, cet attachement chevillé au corps qu’évoque le psychiatre et psychanalyste John Bowlby dans Attachement et perte, c’est ce qui nous constitue au plus profond de nous comme être humain fragile et dépendant, inéluctablement et merveilleusement imparfait, aiguillon de la recherche de l’autre pour tenter de combler ce manque par la chaleur de sa présence.
C’est donc ce lien aux autres qui est à renouveler, et qui devient notre seule bouée de sauvetage face aux naufrages des communications superficielles en tous genres, ou des « entre-soi » des réseaux sociaux insuffisamment câblés pour mener conjointement réflexion et action de qualité, et chemin tracé ensemble d’espérance.
Oui, maintenir la relation à tout prix. Elle est notre humaine richesse, à préserver envers et contre tout !
Marc Tempestini, psychologue clinicien
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