Les risques des alternatives végétales : vigilance !

Publié le 23/02/2016
Bouteilles de lait

Bouteilles de lait

Chez l’enfant de moins d’un an, le lait maternel reste le lait le mieux adapté aux besoins. En l’absence d’allaitement maternel, le nourrisson doit recevoir une préparation adaptée, dite pour nourrissons entre 0 et 6 mois, puis de suite après 6 mois, formulée à partir du lait de vache. La « peur » du lait, en vogue depuis quelques années, conduit un certain nombre de parents à rechercher des alternatives fabriquées à partir de protéines autres que celles du lait de vache : boissons végétales à partir de protéines de soja, de riz ou d’amande, notamment, ou lait d’origine animale autre que bovine. Les boissons végétales, souvent appelées à tort « laits végétaux », ne sont pas des laits stricto sensu, laits dont la définition a été rappelée dans un avis de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES) de février 2013 (1). Or, toutes les boissons végétales ne répondent pas aux normes exigées pour les préparations pour nourrissons, ce qui expose ces derniers à un risque de carence et de dénutrition.


Des apports inadaptés

Un travail comparatif, rapporté dans l’avis de l’ANSES, montre que les apports énergétiques sont inférieurs aux valeurs seuils, fixées dans l’arrêté du 11 avril 2008 relatif aux préparations pour nourrissons, dans 73 % des cas. L’apport en protéines est également inadapté : soit inférieur aux recommandations (26 % des cas), soit à l’inverse trop important (57 %). L’apport en sodium est pour sa part supérieur aux seuils maximaux dans 57 % des cas et celui en lipides globalement inférieur aux recommandations dans près de 80 % des cas. Les teneurs en calcium, lorsqu’elles sont spécifiées sur l’étiquetage, sont supérieures aux recommandations. Ces boissons végétales ne sont pas supplémentées en fer, ce qui conduit à un risque majeur d’anémie.
 

Dénutrition, anémie, décès

Une enquête menée récemment avec l’Association française de pédiatrie ambulatoire (AFPA) et des médecins hospitaliers, et soumise pour publication, a permis de recenser une trentaine de cas de dénutrition, de modérée à sévère. Les enfants présentaient une anémie par carence martiale, une hypoprotidémie et une cassure de la courbe staturo-pondérale. Un décès, secondaire à une carence en vitamine B12, a été rapporté dans une famille végétarienne. Cette enquête souligne également que, dans plus de la moitié des cas, les enfants ne sont pas vaccinés et que le recours à des boissons végétales avait souvent été conseillé dans le cadre d’approches santé « douces ».


Quand y penser

En pratique, il importe d’être vigilant chez un enfant présentant une cassure de la courbe staturo-pondérale ou en cas de multiples changements de lait et de penser à une éventuelle « maltraitance nutritionnelle ». Certains parents d’enfants allergiques ont juste été mal conseillés, parfois sur des forums sur Internet, et il est alors assez facile de leur expliquer les dangers de ces boissons et de les convaincre de recourir à un hydrolysat poussé. Dans d’autres cas, il s’agit d’une famille persuadée de la nocivité du lait de vache. On peut alors proposer une préparation pour nourrissons à base de protéines de riz par exemple, adaptée aux besoins du nourrisson.

 
Dr Isabelle Hoppenot
D’après un entretien avec le Dr Béatrice Dubern, hôpital Trousseau, Paris.

(1) Avis de l’ANSES relatif aux risques liés à l’utilisation de boissons autres que le lait maternel et les substituts du lait maternel dans l’alimentation des nourrissons de la naissance à 1 an. 5 février 2013.
 


Source : lequotidiendumedecin.fr