Au congrès de l’American Diabetes Association, des données susceptibles de faire changer la pratique ?

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Publié le 10/07/2026

Suivi de la maladie, thérapeutiques et prévention secondaire : l’édition 2026 du congrès de l’American Diabetes Association (ADA) dessine de nouvelles perspectives pour la pratique clinique.

Crédit photo : Nataliya Voitkevich/pexels.com

Comment suivre la progression biologique d’un diabète de type 1 (DT1) sans l’HbA1c ? Quelles nouvelles molécules se profilent dans le diabète de type 2 (DT2) et l’obésité ? Quels scores utiliser pour prédire le risque cardiovasculaire ? Au congrès de l’American Diabetes Association (5-8 juin 2026, La Nouvelle-Orléans, États-Unis), plusieurs présentations ont apporté de nouvelles perspectives pour la pratique clinique. « Prévention, détection précoce et modification de la maladie, amélioration des paramètres cardiométaboliques, transformation du soin par l’innovation, progrès sur le remplacement des cellules bêta et les stratégies thérapeutiques, avancées dans l’obésité, ont été les thèmes majeurs de cette édition », a annoncé Charles Henderson, directeur général de l’ADA.

Le président de l’ADA a notamment distingué l’un des abstracts présenté lors de la session sur les nouvelles méthodes, autres que l’HbA1c, pour suivre la progression du DT1 de stade précoce. Les travaux du Dr Samuel Wu, de l’université de Floride du Sud (États-Unis), démontrent la pertinence du délai d’atteinte d’un taux minimal de peptide C résiduel (TMRCP) comme critère d’efficacité dans les essais cliniques sur l’immunothérapie du DT1. La mesure du peptide C servirait ainsi de proxy de la production d’insuline. « Le taux résiduel représente la perte fonctionnelle de la capacité sécrétoire des cellules bêta. Ainsi, le TMRCP exploite l’ensemble des données longitudinales sur le peptide C pour fournir une mesure cliniquement interprétable des bénéfices du traitement », a précisé le Dr Samuel Wu.

Chez l’enfant, ce sont les vésicules extracellulaires et la clairance de l’insuline qui ont été testées dans deux autres études comme biomarqueurs de la progression du DT1. « Les vésicules extracellulaires sont stables dans la circulation et peuvent donner une photographie de la biologie des maladies », a expliqué Anika Bilal, chercheuse à AdventHealth (États-Unis). Cette dernière a décrit 14 signatures protéomiques ayant un potentiel prédictif et diagnostique dans le DT1. Le Dr Alfonso Galderisi, endocrinologue pédiatrique à l’hôpital Robert-Debré (AP-HP), a, lui, montré que l’augmentation de la clairance de l’insuline reflète une progression rapide de la maladie chez les enfants avec un DT1 préclinique. « La stadification repose aujourd’hui sur les métriques du glucose, mais pas sur la fonction des cellules bêta pancréatiques. Or, il arrive que les trajectoires du glucose et celles des cellules ne soient pas alignées », a-t-il détaillé.

Amyline, triple analogue et forme orale en vedette

Les analogues de l’amyline, les triples analogues et les formes orales dans le traitement de l’obésité et du DT2 ont par ailleurs tenu les premiers rôles de cette édition 2026 de l’ADA.

Parmi les analogues de l’amyline, le laboratoire Roche a présenté les résultats de phase 2 de l’essai Zupreme 1, qui évalue le pétrélintide contre placebo dans l’obésité. Les auteurs ont rapporté, à 42 semaines, des réductions de 10,7 % du poids (contre 1,7 %). Ont aussi été dévoilés les résultats des analogues de l’amyline associés au sémaglutide, avec les essais Glory évaluant le mazdutide dans l’obésité [publiés dans le Jama (1)] et l’essai Reimagine évaluant le cagrilintide dans le DT2 [The Lancet (2)]. Les deux phases 3 se sont avérées positives, avec des réductions jusqu’à 16,7 % du poids en 60 semaines et jusqu’à 1,8 % de l’HbA1C à 40 semaines.

Les scores de risque CV Prevent et Score-Diabetes ont été mis à jour et validés en vie réelle

 

Pour les triples récepteurs, différents résultats de phase 3 pour le rétatrutide dans le DT2 et l’obésité (essais Transcend T2D et Triumph) ont été présentés et publiés parallèlement dans The Lancet (3), confirmant les données intermédiaires du laboratoire Eli Lilly. Et une équipe chinoise a présenté des résultats de phase 2 pour l’UBT251 (GIP/glucagon/GLP-1) dans l’obésité qui a montré à seulement 24 semaines une perte de poids allant jusqu‘à 19,7 % pour la dose intermédiaire.

Concernant les formes orales, l’élécoglipron dans l’obésité et le DT2 en prise quotidienne a permis, en phase 2, des pertes de poids de 10,5 % sur 24 semaines (Vista) et des réductions d’1,88 % de l’HbA1c (Solstice). L’aléniglipron dans l’obésité a aussi été remarqué [essai Access publié dans Nature Medicine (4)], avec des pertes de poids de 11,3 % à 36 semaines en prise quotidienne.

Par ailleurs, un analogue de nouvelle génération a été présenté dans l’obésité avec ou sans DT2 : le bérobénatide dans l’essai Vesper, soit un aGLP-1 injectable à longue durée d’action, à délivrance mensuelle, obtenant des pertes de poids à 28 semaines de 12,3 %.

Prise en charge précoce du surpoids et de l’obésité

À l’heure de la médecine personnalisée, une session a été dédiée à l’évaluation du risque cardiovasculaire dans le diabète. La Pr Sadiya Khan de la Northwestern Feinberg School of Medicine (États-Unis) a décrypté l'intérêt des scores Prevent (American College of Cardiology/American Heart Association) et Score-Diabetes (European Society of Cardiology). « Le profil des patients atteints de maladies cardiovasculaires change avec la hausse de l’obésité, du prédiabète, du diabète et de l’hypertension artérielle. Ces facteurs de risque touchent des sujets de plus en plus jeunes, a introduit la cardiologue. Les scores de prédiction du risque doivent désormais être alignés avec l'épidémiologie de la maladie et les nouveaux traitements. » À la faveur d’une mise à jour, le score Prevent calcule désormais le risque spécifique au diabète à dix et trente ans, notamment en fonction de la présence d’une maladie rénale chronique. Et Score-Diabetes (Score2) a été actualisé avec des données contemporaines et de nouveaux prédicteurs, et validé, comme Prevent, en vraie vie sur un échantillon de 6,4 millions de personnes, dans une étude publiée dans Nature Medicine (5).

Enfin, le Pr Naveed Sattar de l’université de Glasgow (Écosse) a fait le point sur les meilleurs biomarqueurs de personnalisation du risque. Il cite l’âge au début du diabète et l'IMC comme prédicteurs majeurs. « Un diabète développé avec un IMC élevé – et donc une quantité élevée de gras ectopique – et à un âge jeune a des répercussions graves sur la santé avec une vie entière à risque de maladies cardiovasculaires athérosclérotiques et d’insuffisance cardiaque », a-t-il martelé. Et d’appeler à lutter dès le début contre le surpoids et l’obésité pour amorcer cette prise en charge du risque cardiovasculaire.

(1) Gao L et al., Jama 2026. DOI : 10.1001/jama.2026.8142
(2) Aroda VR et al., The Lancet 2026. DOI : 10.1016/S2213-8587(26)00126-9
(3) Bajaj HS et al., The Lancet 2026 ; 407 : 2402-13
(4) Rosenstock J et al., Nature Medicine 2026. DOI : 10.1038/s41591-026-04476-6
(5) Neuen BL et al., Nature Medicine 2026. DOI : 10.1038/s41591-026-04437-z

Une place pour la cardiologie interventionnelle

La Dr Shea Hogan (Denver Health Medical Center, États-Unis) a souligné la pertinence des dépistages opportunistes de la maladie coronaire lors de scanners thoraciques réalisés chez les patients diabétiques. La cardiologue interventionnelle a pointé l’intérêt particulier de l’imagerie pour les patients déjà identifiés à haut risque cardiovasculaire pour qui, par ailleurs, un dosage de lipoprotéine(a) serait bénéfique au moins une fois.


Source : Le Quotidien du Médecin