Étude HOPE 3 cognition

Les statines n’altèrent pas les fonctions cognitives

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Publié le 01/12/2016
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Statines

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Crédit photo : Phanie

Les données non scientifiquement valides peuvent laisser penser que les statines diminuent les fonctions cognitives, et à partir de données expérimentales partielles certains ont même prétendu sur des médias grand public que les statines pouvaient favoriser la maladie d’Alzheimer. L’effet nocebo étant un fait établi, certains patients sont persuadés que leurs fonctions cognitives ont diminué depuis qu’ils ont pris des statines. Qu’en est-il des éléments scientifiquement valides ? Réponse par l’étude HOPE 3 cognition (Heart Outcomes Prevention Evaluation).

Une étude complémentaire

L’étude HOPE 3 cognition dont les résultats ont été présentés lors des sessions scientifiques de l’American Heart Association est une analyse complémentaire préspécifiée d’un sous-groupe des patients âgés de plus de 70 ans, inclus dans l’essai thérapeutique conduit en double aveugle contre placebo chez des patients en prévention primaire, l’étude HOPE 3, dont les principaux résultats ont été publiés en mars 2016.

L’étude HOPE 3 a évalué 3 stratégies thérapeutiques contre placebo : une statine (la rosuvastatine à 10 mg/j), deux antihypertenseurs (le candesartan à 16 mg/j associé à l’hydrochlorothiazide à 12,5 mg/j) et l’association de ces trois molécules. Avec un recul moyen de 5,6 ans, l’étude a montré que la statine permet de réduire significativement le risque d’événements cardiovasculaires majeurs, quelle que soit la valeur initiale du LDL, alors que le traitement antihypertenseur n’a d’effet clinique bénéfique que chez les patients ayant une pression artérielle systolique supérieure à 143 mm Hg à l’inclusion.

 L’étude HOPE 3 cognition a été conduite dans un sous-groupe de 1 626 patients âgés de plus de 70 ans, parmi les 12 705 patients de l’étude HOPE 3.

Ce sous-groupe a été soumis à des tests de fonction cognitive à l’inclusion et au terme de l’essai et le critère primaire évalué était la variation de réponse à un de ces tests, le DSST (Digit Symbol Substitution Test). Les principaux critères secondaires étaient la variation des fonctions cognitives évaluées par deux autres tests : mMoCA (modified Montreal Cogntive Assessement ) et TMT-B (Trail Making Test part B).

 À l’inclusion, les patients de l’étude HOPE 3 cognition étaient âgés en moyenne de 74,5 ans, avaient une pression artérielle en moyenne à 139/79 mm Hg et un LDL en moyenne à 1,28 g/l.

Pas de prévention du déclin cognitif lié à l’âge

Au terme du suivi moyen de 5,6 ans, cette étude fournit trois renseignements importants.

Le premier est que, quel que soit le test d’évaluation des fonctions cognitives utilisé, il est constaté un déclin des fonctions cognitives dans l’ensemble de la population : le niveau de DSST est passé en moyenne de 33 à l’inclusion à 29 à la fin de l’étude.

Le deuxième est que le traitement antihypertenseur n’a pas d’influence significative, par rapport au placebo, sur l’évolution des fonctions cognitives (p = 0,63 pour le DSST). Ce résultat n’est pas concordant avec celui de quelques études antérieures sur le même sujet ; cette discordance peut avoir plusieurs explications dont la principale est que les études ne sont pas comparables en termes de puissance, de tests de fonction cognitive utilisés, d’âge des patients inclus, de niveau de pression artérielle initiale, de diminution de pression artérielle et de durée de l’étude.

Le troisième est que, quel que soit le test de fonction cognitive pris en compte, les statines, par rapport au placebo, n’ont aucune influence sur l’évolution des fonctions cognitives (p = 0,38 pour le DSST). Un résultat qui se passe de commentaires…

Bosch J et al. New Orleans, LA

Dr François Diévart

Source : Le Quotidien du médecin: 9539